Arabie saoudite: la ligne rouge canadienne

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La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

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Des véhicules blindés fabriqués au Canada participant à une attaque armée contre des civils en Arabie saoudite.

Selon le Globe and Mail et plusieurs experts en équipement militaire, voilà ce que l'on peut voir dans des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux depuis la semaine dernière.

La nouvelle s'est très vite rendue à Ottawa. Depuis son élection, le gouvernement Trudeau ne sait que faire de la «patate chaude» qu'il a reçue en héritage du gouvernement Harper : un contrat de 15 milliards entre l'entreprise ontarienne General Dynamics et le royaume wahhabite. Le deuxième veut acheter des véhicules blindés légers du premier. Des centaines d'emplois canadiens en dépendent.

Pour défendre le contrat controversé qui lie le Canada à l'Arabie saoudite, plus connue pour son terne bilan des droits de l'homme que pour ses activités de maintien de la paix, Stéphane Dion, lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, avait accouché d'une doctrine : la conviction responsable.

Selon cette théorie, le Canada doit faire la promotion de ses convictions, tout en tenant compte des conséquences de ses gestes. L'annulation du contrat, disait-il, pouvait éventuellement avoir un impact néfaste sur le Canada. Cette théorie, quelque peu bancale même si enveloppée dans les théories de Max Weber, en avait exaspéré plusieurs.

À l'époque, le gouvernement Trudeau a cependant tracé une ligne rouge dans le sable du désert saoudien. Si des véhicules canadiens sont utilisés pour violer les droits de la population civile saoudienne, le Canada a le droit de suspendre la licence d'exportation des nouveaux équipements.

Selon toute vraisemblance, l'Arabie saoudite a fait fi de la directive canadienne et a mis le pied fermement du mauvais côté de la ligne. Cette action appelle une réaction vive de la successeure de M. Dion, Chrystia Freeland.

Pour le moment, la ministre se dit «profondément inquiète» devant les rapports médiatiques et a demandé une enquête au sujet des allégations. Reste à espérer que cette vérification se fera rapidement.

Déjà, il est de notoriété publique que les autorités d'Arabie saoudite mènent une campagne de répression contre les dissidents issus de la minorité chiite de l'est du royaume depuis de nombreux mois. Les autorités saoudiennes ont tenté de raser un quartier récalcitrant de Qatif au début de l'année et ont condamné à mort 14 hommes de la même région lors d'un procès de masse dénoncé par Amnistie internationale.

Le puissant pays arabe majoritairement sunnite a aussi commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Yémen, le pays voisin, où il dirige une coalition militaire contre les rebelles armés houthis, aussi issus de la population chiite. Selon Human Rights Watch, de l'équipement militaire américain et britannique y est déployé par l'armée saoudienne sans gêne.

De plus, le moment est particulièrement bien choisi pour être ferme envers l'Arabie saoudite, qui, appuyée par le nouveau gouvernement américain, en mène large au Moyen-Orient.

Avec trois alliés, soit Bahreïn, l'Égypte et les Émirats arabes unis, Riyad a décrété au début de juin un embargo maritime, aérien et terrestre contre le Qatar, le riche émirat jugé trop amical avec l'Iran, et lui ordonne notamment de mettre la clé sous la porte de la chaîne d'information Al-Jazeera, avant d'ouvrir toute discussion. Pas exactement la demande d'une grande démocratie.

Il est normal que le gouvernement canadien tente d'abord de mettre de la pression diplomatique sur l'Arabie saoudite pour lui faire part de son inquiétude. Agir trop abruptement serait dévastateur. Le Canada devrait se préparer aux conséquences économiques de sa position ainsi qu'aux pressions politiques qu'il subirait de la part de ses alliés.

Cependant, les règles sont claires depuis le début et si les informations sont confirmées, le Canada ne pourra plus se défiler. Surtout s'il veut conserver la crédibilité qu'il est en train de rebâtir sur la scène internationale.




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