La bourse ou la vie

« Quand on n'a pas un rond, se faire... (PHOTO JIM YOUNG, ARCHIVES REUTERS)

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« Quand on n'a pas un rond, se faire offrir des soins assortis d'une dette n'est pas un choix valable », écrit Laura-Julie Perreault.

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Liste d'attente pour les médecins de famille. Difficultés à obtenir un rendez-vous avec un spécialiste. Longs délais pour une intervation chirurgicale. De tous les maux de notre système de santé, la difficulté à avoir accès aux soins est toujours en haut de la liste des plaintes des usagers.

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Kimberly Gloade

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Et ces doléances ne sont pas que dans nos têtes. Un rapport de l'organisation indépendante Commonwealth Fund publié cette semaine ausculte les systèmes de santé des 11 pays les plus développés du monde.

En matière d'accès, le Canada arrive à l'avant-dernier rang, tout juste devant les États-Unis, un système de santé réputé pour ses coûts astronomiques et ses millions de laissés-pour-compte. Ouch !

Si l'accessibilité est déjà difficile pour l'ensemble de la population, elle devient un véritable cauchemar pour certains groupes, dont les sans-abri et les autochtones.

Nous venons tout juste d'en avoir une preuve éloquente. Cette semaine, le coroner Jacques Ramsay a publié un rapport accablant sur la mort, en mars 2016 à Montréal, de Kimberly Gloade, une autochtone originaire du Nouveau-Brunswick.

À 43 ans, Mme Gloade a succombé aux complications multiples d'une cirrhose hépatique. Elle n'a pas reçu ce diagnostic de son vivant : la malade n'a jamais été examinée par un médecin.

Elle avait pourtant essayé d'en voir près de deux mois avant sa mort. Au début février 2016, elle s'est présentée aux urgences du Centre universitaire de santé McGill et est passée au triage.

Dans une lettre laissée à sa famille, elle a écrit que parce qu'elle n'avait pas de carte d'assurance-maladie, l'hôpital lui a réclamé des frais de 1400 $ pour voir un médecin. Après 23 minutes, elle est rentrée chez elle, selon des informations rendues publiques par l'hôpital.

UN INDICATEUR INQUIÉTANT

Dans une entrevue accordée à notre collègue Gabrielle Duchaine, le coroner a dénoncé haut et fort cette situation. « Mme Gloade, ce n'est pas juste Mme Gloade. C'est un indicateur important d'où en est notre système de santé », dit-il.

Un système de santé sous pression qui s'inquiète davantage d'équilibrer ses budgets que de fournir des soins à une patiente tombée entre les « craques » de la bureaucratie. Pas réjouissant. Et terriblement inquiétant.

Le CUSM se défend en disant que les urgences n'ont pas refusé les soins à Mme Gloade, mais comme dans tous les cas semblables, lui ont signifié qu'elle devrait payer les soins et éventuellement se faire rembourser.

Dans ce cas, l'annonce de la facture a eu un effet dissuasif sur Mme Gloade qui se reprenait en main après s'être extirpée de la rue.

Quand on n'a pas un rond, se faire offrir des soins assortis d'une dette n'est pas un choix valable. Et cette offre est injustifiable dans un système de santé public, assurant un remboursement éventuel de l'État au centre hospitalier.

LA LUMIÈRE QUI CLIGNOTE

Espérons maintenant que l'histoire de Mme Gloade aura l'effet d'une lumière rouge s'allumant sur le tableau de bord de la réforme du ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette.

Pour qu'il n'y ait pas d'autres Kimberly Gloade, il est peut-être temps de se pencher sur l'idée d'interdire aux hôpitaux de parler d'argent et de couverture d'assurance avant un premier examen par un médecin, comme c'est le cas dans beaucoup d'endroits aux États-Unis, où une large population en situation irrégulière se présente aux urgences sans couverture d'assurance.

Ou encore réfléchir à la rémunération des salles d'urgence où les médecins sont actuellement payés à l'acte. En France et en Grande-Bretagne, les médecins urgentologues reçoivent des salaires fixes. Dans ce système, la pression pour le centre hospitalier de faire passer les personnes en détresse à la caisse coûte que coûte tombe de plusieurs crans.

Plus que tout, il faut ramener l'humain, avec toutes ses imperfections, au coeur de la refonte de notre système de santé. C'est essentiel à la fois pour que la communauté médicale puisse respecter en toute quiétude le serment d'Hippocrate et pour maintenir la confiance des contribuables envers le système de soins. Ce système ne méritera plus son titre d'« universel » s'il laisse tomber les plus vulnérables d'entre nous.




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