Le fossé générationnel

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On entend souvent dire qu'il faut porter attention à la majorité silencieuse. Or au Québec, les vrais électeurs silencieux auxquels les élus devraient accorder plus d'attention, ce sont les jeunes, selon notre éditorialiste.

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On s'est beaucoup attardé ces derniers jours sur le fossé idéologique qui sépare les partis de l'opposition à Québec et l'apprentie policière Sondos Lamrhari, qui souhaite conserver son hijab.

La fracture était en effet frappante lorsque l'on écoutait et lisait les nouvelles. D'un côté, Agnès Maltais et Nathalie Roy invitaient l'étudiante à renoncer à son rêve professionnel, tant ce qu'elle demande leur semble hérétique. Et de l'autre, la jeune femme discutait de son voile avec ses amis avec une étonnante insouciance, comme s'ils échangeaient sur la couleur de leur chemise.

Mais derrière cette fracture entre deux visions diamétralement opposées de la laïcité se cache autre chose qui mérite notre attention : un immense fossé générationnel.

Un fossé entre les jeunes et la classe politique en général, mais plus important encore, un fossé qui sépare l'ensemble des jeunes, peu importe leur langue, de la majorité francophone au Québec.

Le sondage Léger diffusé cette semaine par LCN le confirme par la bande : les 18-34 ans appuient majoritairement le parti... le moins populaire chez les francophones, soit le Parti libéral (à 35 %). Un appui qui, sauf exception, est reconduit à tous les sondages depuis la charte des valeurs du Parti québécois, en 2012.

Il est donc vrai de dire qu'avec à peine 16 % d'appui, les libéraux sont complètement déconnectés de la majorité linguistique. Mais il faut aussi souligner que les partis de l'opposition sont, pour leur part, déconnectés des moins de 35 ans.

À l'origine de cette polarisation se trouve, bien entendu, la question identitaire. Un enjeu pour lequel les jeunes n'ont tout simplement pas d'appétit.

Ils sont inclusifs, pluralistes, progressistes. Ils ne comprennent pas les frontières, les interdits, les volontés identitaires et indépendantistes.

Pas surprenant, donc, que les jeunes boudent la CAQ (19 %), positionnée plus à droite.

Ils pourraient bien sûr être tentés par le progressisme de QS, ou encore, par le programme social-démocrate du PQ. Mais ils ne sont pas souverainistes.

Il est d'ailleurs étonnant, dans un tel contexte, que Québec solidaire s'accroche avec autant de vigueur à l'indépendance plutôt que de s'inspirer du NPD à Ottawa, qui joue le rôle de coalition des forces progressistes, même les plus nationalistes.

Contrairement à la frange indépendantiste de Québec solidaire, les 18-34 ans ne sont pas nombreux à croire qu'un projet de société progressiste nécessite l'existence d'un État québécois. En témoigne l'appui que récolte le parti de Gabriel Nadeau-Dubois auprès des jeunes : à peine 14 %...

Cela n'est probablement pas étranger au fait que les moins de 35 ans ne comprennent ni le pourquoi ni l'urgence de la souveraineté. Une enquête d'opinion menée lors du 20e anniversaire du référendum de 1995 révélait en effet qu'à peine 27 % de la jeune génération souhaite un pays.

Dans un tel contexte, les jeunes se retrouvent, un peu par défaut, au PLQ.

En fait, ils sont plutôt des orphelins politiques qui répondent « libéral » quand ils reçoivent un questionnaire de sondage. La preuve, c'est que Philippe Couillard ne les excite guère : seulement 15 % d'entre eux croient qu'il serait le meilleur premier ministre après l'élection, soit moins que ce que récolte François Legault à 18 %.

Le candidat le plus populaire auprès des 18-34 ans ? « Ne sait pas », qui récolte 25 % des réponses...

Les jeunes sont donc des sans-parti, dans les faits. Comme le sont d'ailleurs la plupart des progressistes non souverainistes au Québec.

Ils ne se reconnaissent pas dans l'opinion majoritaire sur l'identité, que véhiculent François Legault et Jean-François Lisée.

Ils ne se reconnaissent pas dans la souveraineté, que véhiculent Lisée et le tandem Massé-Nadeau-Dubois.

Et ils ne se reconnaissent pas non plus dans le leadership de Philippe Couillard.

En fait, il n'y a tout simplement pas de figure politique qui excite les jeunes au Québec, comme on l'a vu en France avec Emmanuel Macron et au Canada avec Justin Trudeau.

Ce dernier incarne d'ailleurs à merveille les valeurs des jeunes d'aujourd'hui. La preuve en est qu'il a augmenté à lui seul le taux de participation aux élections de 2015, puisque son parti est le seul à en avoir profité.

La marque libérale résonne ainsi très fort auprès de cette génération, qui se retrouve dans son ouverture à l'autre et son pluralisme. C'est vrai à Ottawa, mais aussi au Québec, où les libéraux forment une sorte de coalition des électeurs non identitaires non souverainistes.

Voilà ce qu'on a vu à l'oeuvre une fois de plus, cette semaine, avec l'histoire de Sondos Lamrhari, prise entre l'arbre et l'écorce du débat partisan. Peu de personnes ont défendu cette musulmane qui assume son port du hijab, sinon le premier ministre Couillard.

On entend souvent dire qu'il faut porter attention à la majorité silencieuse. Or au Québec, les vrais électeurs silencieux auxquels les élus devraient accorder plus d'attention, ce sont les jeunes. Pas pour épouser aveuglément toutes leurs idées, bien sûr, mais pour ne pas en faire complètement abstraction.




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