Et maintenant, faire aimer notre langue...

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« Bien que le combat pour la préservation de la langue ne soit pas terminé, les acquis des dernières décennies nous permettent de mettre de côté pour l'instant l'idée d'un renforcement de la Charte », écrit François Cardinal.

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Quarante ans après son adoption, reconnaissons-le : la loi 101 a atteint son but. Elle a fait du français la langue du Québec, la langue commune des Québécois, la langue d'intégration des nouveaux Québécois.

Véritable projet de société, la Charte de la langue française a ainsi changé le visage du Québec en profondeur, malgré ses reculs. Elle a renversé l'ancien ordre établi, elle a servi d'ancrage identitaire, elle a cimenté un pacte linguistique.

Bref, la loi 101 a permis d'imposer le français tous azimuts. Le défi, maintenant, est de faire aimer cette langue au quotidien à ceux qui doivent l'apprendre...

Le contexte a énormément changé depuis 1977. La proportion d'anglophones connaissant le français est passée de 37 % à 70 %. La proportion d'allophones connaissant le français a bondi de 47 % à 77 %. Et surtout, le taux de fréquentation de l'école française par les jeunes allophones est passé de 15 % à 89 %.

Bien que le combat pour la préservation de la langue ne soit pas terminé - il ne le sera jamais -, les acquis des dernières décennies nous permettent de mettre de côté pour l'instant l'idée d'un renforcement de la Charte.

Il y a certes des secteurs qu'il faut continuer de surveiller avec vigilance, comme le milieu de travail et l'affichage commercial, mais la priorité, aujourd'hui, n'est pas le combat contre l'anglais : c'est l'utilisation du français par les immigrants, de plus en plus nombreux. Des immigrants qu'on francise grâce à la loi 101... mais qu'on abandonne ensuite en négligeant leur intégration sociale et économique.

On réussit en effet à franciser les immigrants à grands coûts, mais on leur ferme les portes du marché du travail, on les prive d'occasions de parler le français. On les invite à s'intégrer à la majorité, mais on leur offre peu d'occasions de socialiser avec les membres de cette majorité.

On leur demande d'épouser la langue et les valeurs du Québec, mais on multiplie les débats identitaires et les messages d'exclusion.

Or l'attirance pour le français passe à la fois par l'utilisation de la langue et le développement d'un sentiment d'appartenance à la communauté francophone. Il passe, comme dit Michel Pagé du Centre d'études ethniques des universités montréalaises, par « des conditions favorisant l'adoption du français comme langue préférée ».

Le documentaire Les Québécois de la loi 101 en faisait d'ailleurs la preuve, jeudi soir à RDI, en donnant la parole à des jeunes qui ont appris le français, mais qui déplorent le fait de n'avoir aucun ami de souche ni d'occasions de pénétrer les réseaux francophones.

« J'aimerais en connaître plus sur la culture québécoise, avoir un ami québécois, visiter chez lui », avoue un jeune d'origine chinoise.

Le défi, aujourd'hui, n'est donc pas de renforcer la loi 101, mais plutôt de consolider la francisation des nouveaux arrivants qu'elle vise. Le défi, c'est de s'assurer que les nouveaux arrivants ne se contentent pas d'apprendre le français, mais qu'ils le parlent naturellement, dans toutes sortes de circonstances, avec plaisir.

On peut remercier la loi 101 d'avoir aidé à franciser autant les immigrants, il faut maintenant les intégrer, véritablement. Et ils aimeront cette belle et précieuse langue.

«« La priorité n'est plus le combat contre l'anglais, mais plutôt l'utilisation du français par les immigrants. Au quotidien. »»





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