Derrière Trump, l'ombre d'Obama

« Les atermoiements de Barack Obama d'il y a... (PHOTO ALEX BRANDON, ASSOCIATED PRESS)

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« Les atermoiements de Barack Obama d'il y a cinq ans ont mis Donald Trump au pied du mur, rendant une frappe ciblée presque inévitable », explique François Cardinal.

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Le ton belliqueux de Donald Trump donne des frissons dans le dos, avouons-le. Sa décision d'agir « au nom de Dieu » fait peur. Et son impulsivité fait craindre pour la suite, surtout si sa popularité s'emballe soudainement après les frappes de jeudi soir.

Mais soyons honnêtes, si le président américain a dû réagir à l'attaque au gaz sarin du dictateur syrien, c'est que son prédécesseur avait choisi de ne pas agir en pareille situation.

Quand on sait les répercussions qu'a eues l'attentisme de Barack Obama, quand on sait l'impact géopolitique qu'a eu sa décision de ne pas intervenir lorsque les forces syriennes ont fait pleuvoir les agents chimiques sur la Ghouta en 2013, on peut se demander si les États-Unis pouvaient vraiment, cette fois, ne pas réagir.

La fameuse « ligne rouge » à ne pas dépasser sous peine de riposte militaire, Obama l'avait tracée au sol en 2012 au nom des États-Unis. C'est donc les États-Unis qui étaient provoqués une fois de plus, en début de semaine, lorsqu'une bombe bourrée de sarin a été larguée sur Khan Cheikhoun, tuant 86 civils dans d'atroces douleurs.

Obama avait peut-être de bonnes raisons de rester en retrait à l'époque, d'éviter l'intervention militaire, de s'appuyer plutôt sur les forces locales. Il avait peut-être de bons arguments pour appuyer un accord de démantèlement de l'arsenal chimique avec Damas et Moscou. Et encore aujourd'hui, rien ne dit qu'une frappe aurait réglé la situation comme par magie.

Mais justement, l'erreur d'Obama n'est pas tant de s'être abstenu d'attaquer la Syrie que d'avoir tracé formellement une ligne au sol, puis d'avoir laissé son président la piétiner impunément.

Il a du coup affaibli l'influence des États-Unis et de l'Occident... et augmenté par le fait même celle de la Russie, de l'Iran et bien évidemment de Bachar al-Assad, qui ressentait déjà un fort sentiment d'impunité.

« Nous avons créé un monstre en Syrie, avait d'ailleurs indiqué l'ancien premier ministre français Manuel Valls lorsqu'interrogé par The Atlantic sur le bilan d'Obama, l'an dernier. Si nous avions bombardé comme prévu, je pense que les choses seraient différentes aujourd'hui... »

Des regrets maintes fois exprimés ces dernières années par des personnes aussi différentes que le président François Hollande et le sénateur républicain John McCain.

Avec raison, car l'attaque de Khan Cheikhoun a confirmé leurs craintes de voir le dictateur syrien prendre encore plus ses aises, malgré les 310 000 morts recensés jusqu'ici. Il a suffi que l'administration Trump déclare qu'elle ne faisait plus du départ du président syrien une priorité pour que ce dernier, fort de l'appui de Vladimir Poutine, se croie tout permis. Incluant l'utilisation renouvelée d'armes chimiques.

Soyons clairs, Obama n'est pas le responsable du bombardement de jeudi soir, pas plus qu'il n'est à l'origine du carnage de Khan Cheikhoun, du groupe État islamique ou des millions de réfugiés syriens.

Mais il n'en reste pas moins que ses atermoiements d'il y a cinq ans ont mis Donald Trump au pied du mur, rendant une frappe ciblée presque inévitable.




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