Trump élu : « J'adore les gens peu instruits ! »

« Ce que les électeurs de Trump ont en... (PHOTO EVAN VUCCI, REUTERS)

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« Ce que les électeurs de Trump ont en commun, c'est le fait de ne pas avoir de diplôme d'études postsecondaires », explique François Cardinal.

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On les dit en colère, pauvres, chômeurs, menacés par la mondialisation et l'immigration...

Et pourtant, les études et sondages révèlent un portrait bien différent des partisans de Donald Trump. Ils occupent un emploi, pour la plupart. Ils profitent d'un bon salaire. Ils vivent dans une région où résident peu d'immigrants. Et ils sont en colère, il y a au moins cela de vrai.

Mais plus encore que leur ressentiment, ce que les électeurs de Trump ont en commun, c'est le fait de ne pas avoir de diplôme d'études postsecondaires. Voilà la variable qu'il vaut la peine de creuser pour comprendre le choc des derniers jours.

La droite nationaliste aime bien, ici comme ailleurs, montrer du doigt la mondialisation et ses effets délétères. Elle aime pourfendre le libre-échange, les mesures économiques libérales et l'immigration incontrôlée, autant de menaces contre « le peuple » que la gauche se refuserait de voir.

Or curieusement, le taux de chômage des partisans de Trump n'a rien de dramatique, au contraire. À peine 3,2 % d'entre eux n'ont pas d'emploi, selon la firme Gallup, un taux plus bas que la moyenne nationale, à 4,9 % !

Tout aussi curieusement, les électeurs de Trump, qu'on dit « victimes de la mondialisation », profitent d'un salaire familial moyen de 72 000 $, selon une étude de Princeton. C'est plus que la moyenne américaine de 60 000 $.

Et tous ces gens habitent pour la plupart dans des régions très blanches, qui ne sont pas menacées par les « voleurs de jobs », mais bien par l'évolution technologique de l'économie, l'automatisation, la robotisation. Plus encore que par la globalisation, d'ailleurs.

Ce qui caractérise la base partisane de Trump, contrairement à celle de Mitt Romney en 2012, ce n'est pas une situation socioéconomique difficile, mais bien l'absence d'études postsecondaires.

Pas moins de 62 % des femmes blanches non diplômées ont appuyé Trump, selon un sondage CNN-Edison. Chez les hommes, le taux grimpe à 72 % !

Or, fait peu connu, il y a plus d'électeurs blancs sans diplôme aux États-Unis... que tous les électeurs noirs, asiatiques et latinos réunis !

On comprend mieux qu'en février dernier, Trump se soit exclamé : « J'adore les gens peu instruits ! » Ces gens, en effet, constituent la recette de son succès, comme ce fut le cas pour la campagne du Brexit en Grande-Bretagne, comme c'est le cas pour Marine Le Pen en France.

On peut bien expliquer ces mouvements populistes en évoquant un rejet de la mondialisation, de l'establishment, des élites, des experts, des médias. Mais ne confondons pas le problème et sa conséquence, ne confondons pas le manque d'éducation et l'intérêt pour les solutions faciles, autoritaires, démagogiques.

Voilà dans quel terreau ont poussé les réactions, pour la plupart émotives, des électeurs peu scolarisés de Trump.

La colère, d'abord, provoquée par une difficulté à s'adapter au progrès et à la technologisation de l'économie.

La peur, créée par des changements qu'on ne contrôle pas et leur impact appréhendé à plus long terme.

L'impression de déclassement, induit par la classe « techno » montante et l'avènement de l'économie du savoir.

L'imperméabilité aux faits, induite par un rejet des grands médias et des révélations sur les mensonges et le passé trouble de Trump.

Des réactions bien réelles, qu'il ne faut pas balayer du revers de la main, mais qui appellent des investissements en éducation, en formation, en diplomation... non pas la fin du libre-échange ou l'érection d'un immense mur.

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