La victime, c'est vous

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« L'espionnage auquel s'est livré le SPVM est tout simplement inacceptable », écrit François Cardinal.

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Le mal est déjà fait.

Voilà pourquoi la surveillance du journaliste Patrick Lagacé n'est pas que « préoccupante », comme l'a dit le maire Denis Coderre. Voilà pourquoi elle n'est pas que « troublante », comme l'a qualifiée le ministre Martin Coiteux.

L'espionnage auquel s'est livré le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est tout simplement i-na-ccep-table. Il s'agit d'une grave atteinte à la liberté de la presse qui, par sa seule existence, a déjà causé des dommages en minant la confiance envers les médias.

Et détrompons-nous : la principale victime, ce n'est ni Patrick Lagacé ni La Presse, c'est vous...

Pour qu'un journaliste d'enquête dévoile des faits que certains veulent garder secrets, il doit s'appuyer sur une personne qui est au courant, un lanceur d'alerte ou un courageux témoin prêt à parler. C'est ce qui a permis au scandale des commandites d'être éventré, à la commission Charbonneau d'être déclenchée et même au Watergate d'être révélé.

Rien n'est donc plus important pour les journalistes que leurs sources... et pour les sources, rien n'est plus important que la confiance qui les lie aux journalistes.

La moindre égratignure à cette relation peut mettre fin à une longue enquête journalistique. Elle peut faire dérailler des mois de travail acharné. Elle peut permettre à un trafic d'influence de se maintenir, à des malversations de se poursuivre, à des criminels de courir.

Bref, le droit du public à l'information est fondé sur la liberté de la presse. Et la liberté de la presse s'appuie sur un recours libre et confidentiel aux sources. Les sources, autrement dit, constituent la pierre angulaire de la liberté de la presse.

Or curieusement, la liberté de la presse est bien reconnue dans nos chartes, bien protégée par les décisions des tribunaux... mais la police agit comme si le recours aux sources ne l'était pas. Elle se permet ainsi de s'ingérer là où elle n'a pas sa place : dans la relation privilégiée qu'entretient Patrick Lagacé avec ses informateurs. Et peut-être même dans celle d'autres représentants de la presse !

Du coup, par sa filature technologique, le SPVM mine la confiance que toute source pourrait établir avec un journaliste, quel qu'il soit. Tout comme la surveillance à grande échelle menée par les services de renseignements aux États-Unis a réduit considérablement le nombre de sources prêtes à parler aux médias.

Pas si surprenant que le lanceur d'alerte Edward Snowden ait commenté hier sur Twitter la nouvelle concernant le SPVM...

C'est là où le dommage a été causé. Comme il l'est chaque fois que les forces policières ou judiciaires mettent le nez dans le travail des journalistes sans raison suffisante, façon d'intimider par la même occasion tout lanceur d'alerte potentiel.

On pense à la Gendarmerie royale du Canada, qui a suivi en 2007 les journalistes de La Presse Joël-Denis Bellavance et Gilles Toupin. Aux menaces faites à Patrick Lagacé en 2014 par des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) qui tentaient d'identifier une de ses sources. Ou plus récemment, à la SQ qui a saisi l'ordinateur d'un journaliste du Journal de Montréal en réponse à un reportage ciblant la juge Suzanne Vadboncoeur.

Chaque fois, les élus s'indignent pour la forme. Chaque fois, des motions dénonçant l'atteinte à la liberté de la presse sont adoptées, des modifications législatives sont discutées, des projets de loi sont présentés.

Et pourtant, encore aujourd'hui, le plus important corps policier municipal peut se lancer dans une déplorable chasse aux sorcières. Il peut espionner un membre du quatrième pouvoir avec la complicité d'un juge de paix. Il peut suivre les déplacements d'un journaliste sans verser dans l'illégalité.

La surveillance policière est une attaque frontale contre les médias, mais c'est d'abord et avant tout une attaque contre vous, contre votre droit à l'information.

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