Pour une laïcité plus sereine

Deux musulmanes françaises vêtues d'une burqa et d'un... (Photo Gonzalo Fuentes, archives REUTERS)

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Deux musulmanes françaises vêtues d'une burqa et d'un niqab quittent un commissariat français, en avril 2011, le jour où l'interdiction du voile intégral est entrée en vigueur. « Il n'y a rien [au Québec] qui justifie le recours à une laïcité rigide et stricte à la française », écrit François Cardinal.

Photo Gonzalo Fuentes, archives REUTERS

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La course à la direction du Parti québécois a été le théâtre d'un comportement inusité cette semaine. Un des candidats a fait ce que les politiciens n'osent plus faire : il a... mis de l'eau dans son vin.

Alexandre Cloutier a en effet laissé tomber un élément de sa position sur la laïcité en renonçant à interdire le port des signes religieux aux enseignants. Il a fait cela pour se rapprocher du rapport Bouchard-Taylor, pour se coller sur ce qui s'apparente le plus à un consensus québécois (interdiction faite aux magistrats, procureurs, policiers et gardiens de prison). Et ce, malgré le risque d'insultes à la mode : mou, à-plat-ventriste, idiot utile, ou pire, multiculturaliste...

Ce geste mérite d'être salué. D'abord parce qu'il rompt avec la polarisation ambiante, avec la crispation identitaire dont se nourrissent tous les apôtres des chartes et tests de valeurs.

Ensuite parce qu'il rapproche le candidat à la chefferie de la laïcité ouverte qui, naguère, faisait partie de l'ADN du Québec. Une laïcité sereine et inclusive dont nous nous éloignons un peu plus chaque jour, non pas en réaction à des menaces réelles, mais à des débats qui s'alimentent d'eux-mêmes.

À entendre certains échanges, à lire certains commentateurs, on croirait que la province est devenue une république jacobine, que les débats quotidiens sont alimentés par Alain Finkielkraut et Le Figaro. On croirait, en fait, vivre dans une réplique de la France, avec la pression de régler de façon urgente les problèmes... que vit la France.

Or il n'y a pas plus de problèmes avec le burkini au Québec qu'avec le port de signes religieux dans la fonction publique. Il n'y a pas de lien entre la radicalisation observée au collège de Maisonneuve et la présence d'éducatrices voilées en garderie.

Il n'y a pas de relation entre le groupe État islamique et les journées pédagogiques consenties pour motifs religieux.

Bref, il n'y a rien qui justifie le recours à une laïcité rigide et stricte à la française.

Et pourtant, cela n'empêche pas Jean-François Lisée de vouloir débattre de l'interdiction du niqab et de la burqa. Cela ne l'empêche pas non plus de proposer qu'on cible les agents de l'État qui portent un signe religieux... comme on s'est attaqué au tabagisme dans le passé ! La comparaison est de lui.

Il n'y a pas l'ombre d'une plainte ou d'un tort subi, mais sous prétexte d'une interprétation réductrice de la neutralité de l'État, nous débattons d'une mesure qui isolerait une communauté, réduirait l'égalité d'accès à la fonction publique, s'attaquerait à la portion la plus intégrée des minorités, soit celle qui travaille dans les garderies, les écoles, les hôpitaux.

Comme s'il fallait restreindre « préventivement » les libertés de conscience et de religion ! Comme si cette atteinte ne risquait pas de stigmatiser les musulmans... et d'alimenter ainsi les tensions que l'on tente justement d'apaiser.

Revenons les deux pieds au Québec, comme l'a fait Alexandre Cloutier, et basons nos échanges sur les faits, les débats que nous avons eus ici et sur les conclusions qui en ont été tirées. Après tout, ce qui est en jeu, ce sont les valeurs québécoises, pas françaises.

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