Nouer le cordon

L'expérience de Londres montre qu'un péage autour du... (PHOTO FABRIZIO BENSCH, REUTERS)

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L'expérience de Londres montre qu'un péage autour du centre-ville de Montréal le tuerait.

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L'idée était déjà saugrenue. Voilà qu'elle devient morbide.

La CMM a demandé au CIRANO de se pencher sur deux scénarios de péage pour la région métropolitaine, dont le péage-cordon autour du centre-ville, comme à Londres.

Or, le bilan de ce dernier, qui fête ses 10 ans ces jours-ci, montre bien les risques qu'une telle mesure ferait courir à Montréal.

Implanté dans la capitale britannique le 17 février 2003, le «congestion charge» restreint l'accès au centre de la ville en tarifant les véhicules qui pénètrent dans un périmètre comprenant la City et le West End.

À l'époque, la création d'une zone de péage sans précédent a fait rugir au point où le maire anticipait un «bloody day» le jour de l'inauguration. Puis, tranquillement, les esprits se sont calmés, les habitudes ont changé... et les automobilistes se sont trouvés d'autres chemins!

L'impact sur la circulation de cette vaste zone de péage est en effet très mitigé. On a bel et bien observé une diminution des voitures en nombre absolu dans le coeur de Londres, mais pas de baisse du trafic ou de la pollution atmosphérique.

Comment est-ce possible? Le centre-ville s'est bel et bien vidé d'un certain nombre de voitures, mais celles-ci ont été remplacées par des chantiers, des voies réservées et des pistes cyclables. Résultat: malgré une baisse de 20% du nombre de véhicules, la congestion n'a pas été réduite, bien qu'il s'agisse du tout premier objectif de la mesure.

On s'est aussi aperçu que la vaste majorité des autos qui n'entraient plus au centre-ville choisissaient plutôt de le longer. Des bouchons de circulation se sont ainsi formés autour de la zone payante, déplaçant ainsi les problèmes de trafic et de pollution un peu plus loin.

On n'a donc pas véritablement réduit la motorisation pour la peine, mais on semble, par contre, avoir réduit les profits des commerçants! Les constats ne sont pas clairs à ce sujet, mais une étude publiée en 2007 dans le réputé Journal of Transport Economics and Policy démontre un impact diffus sur les magasins: certains n'ont pas été affectés, d'autres ont noté une baisse de leurs ventes atteignant 7%.

Imaginons maintenant l'impact sur un centre-ville de taille moyenne qui n'a pas le pouvoir d'attraction de la City. Imaginons un péage au coeur d'une métropole dont plusieurs artères commerciales sont mal en point. Imaginons une barrière tarifaire aux portes d'une ville qui rechigne à organiser une journée sans voitures par année...

Vrai, il y a un argument de poids en faveur du péage londonien: ses revenus. L'an dernier, la Ville a récolté plus de 430 millionsCAN qui ont permis de développer le transport en commun. Pas mal... si on passe sous silence le tarif exigé (15$) et le fait que le tiers de cette somme (5$) sert à opérer le réseau de péages. Exiger un tel montant serait évidemment impossible ici.

Si la 5e métropole mondiale en terme de PIB peine à faire de ce péage une réussite, comment penser une seule seconde que la 78e ferait mieux? Le cordon, tôt ou tard, finirait par l'asphyxier.

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