La faute aux fusions?

Les regroupements municipaux ont leurs torts, mais ils... (Photo Bernard Brault, archives La Presse)

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Les regroupements municipaux ont leurs torts, mais ils sont ne pas les grands responsables de la corruption de Montréal.

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Si Montréal connaît aujourd'hui d'aussi graves problèmes de corruption et de collusion, c'est la faute aux fusions: elles ont permis aux anciennes municipalités de banlieues de transposer leurs viles habitudes politiques à la métropole.

Cette thèse maintes fois entendue ces derniers mois récolte de plus en plus d'adeptes, surtout parmi les anciens opposants aux regroupements municipaux. Or, si les fusions sont en bonne partie un échec, pour toutes sortes de raisons, elles ne sont pas les principales responsables de la déliquescence des moeurs politiques de la grande ville.

Vrai qu'il y a eu un avant et un après fusion. Vrai aussi que certaines «cultures déviantes» d'anciennes banlieues ont pu contaminer l'hôtel de ville, comme l'a affirmé la spécialiste en gestion et fiscalité métropolitaines Danielle Pilette, samedi dans le Journal de Montréal.

Mais ce n'est pas tant un problème structurel qu'individuel. Ce n'est pas tant un problème de corruption de l'administration que d'une administration. Bref, ce n'est pas tant la fusion qui a permis à la corruption de s'étendre que les personnes qui l'on systématisée.

D'abord, les fusions n'engendrent pas la corruption. Les regroupements ont touché plus de 200 municipalités au Québec il y a dix ans, et jusqu'à preuve du contraire, il n'y a qu'à Montréal qu'ils ont coïncidé avec une augmentation d'actes douteux et illicites. Même les fusions de villes de tailles comparables à Montréal, comme Toronto et Ottawa, n'ont pas tourné en dépravation.

Ensuite, la corruption a précédé les fusions. Il existait déjà une culture «déviante» à Montréal au milieu des années 90, comme en font foi les nombreux témoignages entendus à la commission Charbonneau. On n'a donc pas introduit la magouille au tournant du millénaire. On a plutôt permis à une sous-culture de devenir une véritable culture «d'entreprise».

Enfin, la corruption n'a jamais respecté de frontières sur l'île. On n'a qu'à observer Vision Montréal se débattre avec des accusations de financement illégal remontant à 1994 pour se convaincre qu'Union Montréal n'a rien inventé au début des années 2000.

Clairement, pour mettre en place un aussi vaste système de corruption et de collusion, il faut plus qu'un facteur explicatif: il faut un véritable alignement des astres. Il faut un groupe d'individus malavisés. Il faut un véhicule politique qui leur est subordonné. Il faut un chef au-dessus de tout soupçon, dupe ou corrompu. Il faut un climat de travail rompu à la loi du silence. Autant d'éléments qui n'ont rien à avoir avec les fusions municipales.

Évitons donc de déresponsabiliser ceux qui ont permis à la corruption d'atteindre les plus hauts échelons de l'hôtel de ville. Le regroupement municipal a peut-être été un vecteur, voire un facilitateur de l'avilissement de la métropole, mais il n'en est pas le grand responsable.

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