Comment redémarrer Montréal: un maire fort

Que manque-t-il à Montréal pour lui redonner son... (Photo: David Boily, La Presse)

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Que manque-t-il à Montréal pour lui redonner son dynamisme?

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D'abord minée par l'immobilisme, puis par la corruption et la collusion, la métropole aurait intérêt à se ressaisir avant de sombrer. Mais que manque-t-il à Montréal pour lui redonner son dynamisme? C'est avec cette question en tête que François Cardinal a visité les grandes villes du pays. Il a ramené dans ses bagages trois réponses. Nous vous présentons aujourd'hui la première.

Comment redémarrer Montréal? En élisant, d'abord et avant tout, un bon leader à sa tête en novembre 2013. Mais qu'est-ce qu'un bon leader au juste? Quelles qualités le futur maire doit-il réunir pour dynamiser la métropole? La compétence, l'intégrité, la ténacité viennent spontanément en tête, mais plus concrètement, qu'est-ce qui distingue le grand leader, le maire idéal?

1. IL AIME SA VILLE. PLUS QUE TOUT.

S'il y a une chose, une seule, qu'ont en commun les grands maires, les Jean-Paul L'Allier, les Jean Drapeau, les Boris Jonhson (Londres), Bertrand Delanoë (Paris), Michael Bloomberg (New York), c'est un amour indéfectible pour leur ville.

«C'est vraiment l'élément le plus important, explique l'ancien maire de Toronto David Miller, dans ses nouveaux bureaux d'avocat, sur Bay Street. Un grand maire vit pour et par sa ville. Prenez l'ancien maire Richard Daley, il était Chicago, il incarnait Chicago. C'était la seule chose à laquelle il pensait, tout le temps. Même chose pour Jean-Paul L'Allier, certainement l'un des meilleurs maires que j'ai rencontrés.»

«C'est vraiment une qualité-clé, renchérit Naheed Nenshi, maire de Calgary toujours souriant. Il faut aimer sa ville par-dessus tout. Il faut se passionner pour la chose urbaine, comprendre ce qui rend sa ville si spéciale, prendre plaisir à décortiquer son fonctionnement, s'intéresser à cet enchevêtrement d'intérêts divergents, à cette juxtaposition de personnes hétéroclites qui partagent un même espace. Tout cela est incroyablement important!»

2. IL AIME LES GENS, ADORE LE TERRAIN.

Qui dit ville, dit proximité. La municipalité est l'ordre de gouvernement le plus proche des électeurs, le seul qui permet un contact quotidien avec le terrain, qui oblige les élus à s'intéresser à l'asphalte autant qu'à l'épuration des eaux, à délivrer des services on ne peut plus directs aux citoyens.

«Aimer les gens, aimer communiquer avec le monde, aimer faire du travail de terrain, voilà les qualités qu'ont tous les grands maires», soutient l'urbaniste torontois de grande réputation Ken Greenberg, qui a travaillé dans les plus grandes villes du monde, notamment Paris, New York et Washington.

«Il faut aimer sortir de son bureau, confirme le maire d'Ottawa, Jim Watson, avec le sourire de l'homme qui apprécie d'échapper ainsi à la bulle de l'hôtel de ville. Il importe d'avoir un contact quotidien avec les citoyens, pas seulement les lobbyistes.»

Jim Watson se fait ainsi un devoir, chaque semaine, de rencontrer deux élus municipaux accompagnés de représentants et de résidants de leurs quartiers. Puis il se rend sur le terrain, arpente les secteurs en question, fait du porte-à-porte, s'enquiert auprès des citoyens de ce qui marche et de ce qui ne marche pas. «C'est bon pour ma santé, ajoute le maire. Mais c'est aussi bon pour la santé politique de la ville!»

3. IL NE CHERCHE PAS À PLAIRE À TOUT LE MONDE.

Être maire, ce n'est pas un concours de popularité. Chaque jour, des décisions sont prises. Certaines sont bien reçues, d'autres moins. Or les unes sont aussi importantes que les autres. «Le courage, ce n'est pas de prendre des décisions, plutôt de prendre des décisions même quand elles sont impopulaires», résume l'ancien maire de Toronto David Miller.

Un exemple bien concret: les taxes dédiées à la réfection des infrastructures. Facile d'éviter de les imposer, de repousser à plus tard des travaux nécessaires... qui ne permettent de couper aucun ruban, qui n'enthousiasment aucun électeur. La preuve, c'est que Montréal s'est abstenu d'entretenir son réseau d'eau potable pendant les 50 dernières années sans que personne ne s'en aperçoive...

«C'est un énorme problème dans toutes les villes canadiennes, car les maires ont pris l'habitude de fermer les yeux sur ce qui se déroule six pieds sous terre», explique Éric Turcotte, un Québécois devenu Torontois, aujourd'hui associé principal d'Urban Strategies et membre fondateur du Council for Canadian Urbanism.

«Or pour être un bon leader, ajoute-t-il, il faut assumer les décisions plus ingrates et difficiles, mettre de l'avant des choses qui doivent être faites même si ça ne plait pas à tout le monde. On dit souvent qu'un bon leader est aimé par 75% des gens. Il doit donc accepter d'être détesté par les autres 25%...»

4. IL A UNE GRANDE CAPACITÉ À MOBILISER.

Immobilisme. Le mot a longtemps été accolé à Montréal et pourtant, toutes les grandes villes ont leur propre force d'inertie. Toutes constatent qu'il est de plus en plus difficile de réaliser de grands projets. Le syndrome «pas dans ma cour» est loin d'être l'apanage de la métropole. D'où l'importance, pour un bon leader, d'être capable de mobiliser la société civile, les entreprises, les groupes de pression.

«Il faut posséder les habilités politiques et stratégiques pour faire débloquer les choses, pour traduire sa vision en action, indique David Miller, aujourd'hui conseiller aux affaires urbaines auprès de l'ONU, de l'OCDE et de la Banque mondiale. Il ne faut jamais perdre de vue que malgré les protestations, les citoyens s'attendent à ce que le maire livre la marchandise.»

«Tenter de créer des consensus est probablement ce sur quoi je travaille le plus, chaque jour, confie Naheed Nenshi. Il faut être en mesure d'asseoir les gens aux intérêts divergents ensemble, de les faire travailler de concert. Il faut travailler fort pour bien faire comprendre que l'on vise le bien commun.»

Une façon qu'a trouvée le maire de Calgary pour mobiliser les citoyens est le budget participatif, une idée tentée par Montréal, mais abandonnée. Or là-bas, la chose a été très appréciée. En direct à la télé, les détails des budgets ont été présentés, chaque département de la Ville y est allé de ses justifications et les élus ont expliqué les choix à faire. Puis les citoyens étaient invités à faire leurs propres propositions.

Le mérite de l'exercice, selon le maire, est d'avoir rapproché l'électeur du politique et des politiques. Ce qui n'est pas à négliger dans un contexte de grande suspicion citoyenne.

5. IL A UNE VISION CLAIRE DE L'AVENIR DE SA VILLE.

Jadis responsables des services à la propriété, les villes sont devenues des tentacules aux multiples obligations, du développement économique aux routes, en passant par le réseau cyclable, la collecte des déchets, la police, la culture...

«Le maire est responsable de tout. S'il n'a pas de priorités, il ne fera rien», lance David Miller. Voilà pourquoi il a choisi, lors de sa première élection en 2003, de se concentrer sur quelques dossiers, en priorité le transport collectif.

«Il faut être capable de se fixer des priorités claires», confirme l'urbaniste Éric Turcotte. Après avoir scruté en détail ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans de nombreuses villes d'Europe et d'Amérique, il note que les grands maires ont tous une courte liste de projets à accomplir coûte que coûte.

Les maires d'Ottawa et de Calgary en sont de bons exemples. Jim Watson prononce chaque année le «Discours sur l'état de la ville» afin de faire le point et surtout, de fixer les priorités de la prochaine année.

Quant à Naheed Nenshi, bien qu'il se soit présenté en pur inconnu lors des élections de 2010, il s'est fait élire dans l'enthousiasme grâce à une plateforme en 12 points, les 12 «Better ideas». Chaque point de sa vision était résumé en une phrase unique (no 8: Le conseil municipal sera plus transparent, plus efficace et il sera plus facile pour les citoyens de s'engager), puis déclinée en documents de deux pages. Aujourd'hui, elles font l'objet d'un suivi par le maire, qui se fait un devoir, tous les douze mois, de noter scrupuleusement les succès et les échecs de son mandat.

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Lisez les deux autres volets de la série: Comment redémarrer Montréal: une plus grande mobilité et Comment redémarrer Montréal: des citoyens engagés

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