À manipuler avec soin

Le sondage de «L'actualité» sur le français à... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse)

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Le sondage de «L'actualité» sur le français à Montréal est trop nébuleux pour sauter aux conclusions-chocs.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

François Cardinal
La Presse

Le magazine L'actualité a frappé fort en publiant les résultats d'un sondage sur la perception qu'ont les anglophones de l'avenir du français à Montréal. Les titres en couverture sont sans équivoque: «It's over», «Ici, on parle english

L'«enquête inédite» a fait bondir les commentateurs anglophones qui y ont vu «un procès» intenté contre les Anglo-Québécois au moment où les tensions linguistiques augmentent.

L'accusation est trop forte... mais il est tout à fait compréhensible que la communauté anglophone l'ait perçue ainsi.

À l'origine, l'idée de l'équipe de direction de L'actualité était d'approfondir les propos entendus lors d'une émission de radio de la CBC. Elle souhaitait en savoir davantage sur les relations qu'entretiennent les Anglos de Montréal avec le français.

Un sujet délicat, mais fort pertinent... à condition de le manipuler avec soin.

Or le sondage CROP dont il est question est beaucoup trop nébuleux pour sauter aux conclusions-chocs, il est trop contestable pour en déduire que Montréal s'anglicise et il est trop douteux pour être récupéré politiquement, comme l'a pourtant fait le PQ.

En fait, le problème n'est pas tant le sondage que ce qu'on a réussi à lui faire dire...

D'abord, la formulation de bien des questions pose problème, soit parce qu'elles sont alambiquées, ambigües ou parce qu'elles semblent souffler la réponse. Poser une question sur l'importance accordée au français au travail en soulignant d'abord l'existence de «la mondialisation» et du «pouvoir» de la langue anglaise est tendancieux. Tout comme l'est le fait d'inclure dans une même question une affirmation («J'espère que le français demeurera la langue principale du Québec...») et son contraire («...mais je crois qu'il s'agit d'une bataille perdue.»). Oui ou non?

Ensuite, l'interprétation contient trop de points d'exclamation, de tournures subjectives et de conclusions catégoriques pour servir de base à un débat public. Il est par exemple périlleux de conclure que les trois quarts des Anglos-Québécois «n'ont rien à cirer du français», après avoir souligné que la grande majorité des anglophones parlent français (80%) et trouvent important que leurs enfants soient bilingues (83%).

Ajoutez à cela le fait que le magazine s'est éloigné de l'objectivité dont il fait habituellement preuve dans ses dossiers d'actualité en confiant le tout à Jean-François Lisée, un commentateur hors pair qui a néanmoins la particularité d'être teinté politiquement.

Or c'est bien connu, les sondages révèlent autant sur ceux qui posent les questions que sur ceux qui y répondent, comme le reconnaissait d'ailleurs Lisée cette semaine dans The Gazette. Mais pourquoi, dans ce cas, un magazine sans parti-pris a-t-il permis à un militant de poser les questions et d'interpréter les réponses? Aurait-on demandé à un conservateur de piloter une «enquête inédite» sur la peine de mort?

L'intention du magazine n'était pas de jeter de l'huile sur le feu linguistique. Mais c'est malheureusement ce en quoi s'est transformé l'exercice.

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