La censure

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Le gouvernement Harper a érigé en système le bâillonnement des scientifiques.

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Huit ans après avoir critiqué l'ingérence politique de l'administration Bush, les scientifiques investissent à nouveau la place publique pour dénoncer une entrave gouvernementale: celle qu'Ottawa leur impose.

La plus prestigieuse revue scientifique, Nature, a publié la semaine dernière un virulent éditorial condamnant, avec raison, les «comportements atterrants» des conservateurs qui font obstacle à «la libre circulation des connaissances».

Bien que la science soit une entreprise humaine fondamentale, le gouvernement fédéral a en effet érigé en système le bâillonnement des chercheurs à son emploi, les empêchant de faire rayonner les fruits de leur travail.

Ce musellement politique, qui a toutes les apparences d'un musellement idéologique, se traduit par une interdiction formelle de s'adresser directement aux journalistes, et donc au grand public qui finance pourtant leurs recherches.

Une directive datée de 2008 oblige ainsi les scientifiques d'orienter toute demande vers le «quartier général des relations avec les médias», puis d'avertir leur «superviseur immédiat» et leur «conseiller en communication» qu'ils ont reçu un appel direct.

Aussitôt, une importante chaîne de commandement qui peut mobiliser sept personnes et prendre jusqu'à cinq jours s'ébranle, remonte jusqu'au Bureau du Conseil privé, puis redescend jusqu'au relationniste qui informe le journaliste de la disponibilité des chercheurs.

La plupart du temps, la réponse est négative. Un chercheur mondialement connu ayant publié une étude sur la couche d'ozone, par exemple, s'est vu refuser tout échange avec les journalistes. Même chose pour une scientifique ayant travaillé sur le déclin du saumon rouge.

Et dans les rares cas où ces derniers obtiennent la permission de parler, ils doivent au préalable écrire «les réponses détaillées» qu'ils comptent fournir, les faire autoriser, puis ils doivent rédiger un rapport de l'échange après l'entrevue.

Cette approche, qualifiée de «byzantine» par la revue Nature, décourage autant les journalistes que les chercheurs. À tel point que la couverture médiatique de la science du climat «a été réduite de plus de 80%», selon un document confidentiel d'Environnement Canada rédigé après l'implantation de la directive.

Or la science n'est pas un enjeu politique comme les autres, pas plus que les scientifiques ne sont des fonctionnaires comme les autres, comme l'a rappelé l'American Association for the Advancement of Science le mois passé, lors d'une conférence traitant de cet enjeu. Ils n'ont pas, ainsi, à se conformer au message officiel, aux «lignes» médiatiques, encore moins à l'idéologie du parti au pouvoir.

Pour que la recherche continue d'alimenter la société du savoir dans laquelle nous évoluons, Ottawa doit décloisonner la science et ses artisans, comme l'ont fait les États-Unis depuis quatre ans. Il doit libérer les chercheurs du huis clos dans lequel il les confine honteusement.

Bref, il doit réviser le protocole de communication qu'il impose à ses scientifiques.




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