La braderie

Il y a eu la forêt, surexploitée pendant... (PHOTO: DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Il y a eu la forêt, surexploitée pendant longtemps. Il y a eu les mines, vidées sans que les citoyens en retirent de bénéfices. Et il y a maintenant les gaz de schiste, pompés sans égard aux impacts et redevances.

PHOTO: DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Les preuves accumulées sont accablantes: le Québec a pris l'habitude de brader ses ressources naturelles.

Il y a eu la forêt, surexploitée pendant longtemps. Il y a eu les mines, vidées sans que les citoyens en retirent de bénéfices. Et il y a maintenant les gaz de schiste, pompés sans égard aux impacts et redevances, selon le rapport du Commissaire au développement durable dévoilé cette semaine.

À qui la faute? Au gouvernement Charest, trop laxiste? Aux amis du régime, motivés par l'appât du gain? Aux grandes corporations, peu soucieuses des communautés locales? Aux citoyens, longtemps désintéressés de ces sujets ruraux?

Peut-être qu'il y a de ça. Mais à y regarder de plus près, à analyser les similitudes entre tous ces dossiers, on s'aperçoit qu'ils relèvent tous d'un seul et même acteur: le ministère des Ressources naturelles.

C'est lui, peu importe le titulaire, peu importe le parti au pouvoir, qui a permis aux forestières de couper plus d'arbres que la forêt pouvait en générer. C'est lui qui a laissé les minières plier bagage avant d'avoir nettoyé leurs dégâts. Et c'est lui qui a autorisé l'industrie gazière à explorer le sol sans encadrement ni contrôle adéquat.

Ces enjeux ont beau être différents, notait d'ailleurs le commissaire Jean Cinq-Mars, les reproches sont les mêmes: analyse déficiente des bénéfices et des coûts, inspections et contrôles quasi inexistants et protection sommaire de l'environnement.

Dans le fond, ce que la commission Coulombe, le vérificateur général, le BAPE et le commissaire ont déploré, tour à tour, c'est que le Ministère n'en a plus que pour l'exploitation des ressources, oubliant carrément son mandat de conservation.

Un constat qui a incité M. Cinq-Mars à poser LA question que cela soulève: «Le rôle de régulateur devrait-il être dévolu au ministère promoteur?»

La réponse, clairement, est non. Le gouvernement, qui est fiduciaire du bien commun, doit retirer au ministère des Ressources naturelles son mandat de conservation des richesses du Québec pour le confier à plus responsable. Plus encore, il doit rapidement réformer ce ministère, avant de mettre le cap sur le Plan Nord, de tapisser la province d'éoliennes, de bétonner La Romaine et le Petit-Mécatina et surtout, de donner le feu vert au forage en mer.

Entendons-nous, l'État a le mandat d'enrichir le Québec et de créer des emplois, ce que la valorisation des ressources naturelles lui permet de faire... à condition que les retombées soient plus importantes que les pertes.

Or voilà précisément ce que l'incompétence du Ministère empêche d'évaluer. La «démonstration des bénéfices pour la société est insuffisante», selon le commissaire. Il est ainsi «impossible» de savoir si le Québec retire une «compensation suffisante» pour la perte de ces ressources non renouvelables.

Bref, on liquide à tout prix, sans se soucier du lendemain. Une braderie qui doit cesser avant que la marchandise ait complètement disparu.

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