Il faut qu'on parle de Tina

Combien de corps de femmes autochtones faudra-t-il avant que le gouvernement se décide à lancer une enquête nationale sur cette tragédie qui dure depuis des années?

L'effroyable cas du tueur en série Robert Pickton avait mis en lumière la surreprésentation des femmes autochtones parmi ses victimes, ainsi que les bavures policières dans ce dossier. En mai dernier, un rapport de la Gendarmerie royale du Canada confirmait que ce sont près de 1200 femmes et filles autochtones qui sont portées disparues ou qui ont été assassinées depuis 1980. Alors qu'elles ne constituent que 4% de la population canadienne, elles représentent 16% de tous les assassinats de femmes au pays.

La découverte du corps de Tina Fontaine dans la rivière Rouge, à Winnipeg, a donné du poids cette semaine aux voix réclamant une commission nationale d'enquête sur ce drame qui perdure dans l'indifférence. Ces voix, elles sont unanimes et plus que nombreuses: celles des organisations autochtones et de l'Assemblée des Premières Nations, bien sûr, mais aussi celles des partis d'opposition, de gouvernements provinciaux, de Human Rights Watch, d'Amnistie internationale, de l'Organisation des Nations unies.

À cette demande de plus en plus criante, le gouvernement Harper répond qu'il ne s'agit pas d'un «phénomène sociologique», mais de crimes.

Certes, ce sont des crimes, mais pourquoi les femmes autochtones sont-elles à ce point ciblées dans ce tableau macabre et que peut-on faire pour améliorer leur sort? Il faut être aveugle pour ne pas voir un phénomène social à l'oeuvre. L'histoire des Premières Nations contient d'innombrables injustices. Beaucoup de choses sont en jeu; les conditions de vie, la pauvreté, la violence envers les femmes, l'implication des services sociaux et des forces policières, les politiques adoptées. Seul un travail de concert peut s'attaquer aux sources des problèmes et mener à des solutions à long terme.

Tina Fontaine n'avait que 15 ans. Elle avait connu un lot anormalement élevé de difficultés dans sa courte vie, brutalement interrompue. En fuyant son centre d'accueil, elle est devenue une proie idéale pour son assassin, en raison de son âge, de sa vulnérabilité et, on doit l'admettre, de son identité. Son corps a été retrouvé par hasard alors qu'on cherchait le corps d'un homme qui s'était noyé. Le sergent John O'Donovan, de la section des homicides de Winnipeg, a déclaré aux journalistes: «La société serait horrifiée si l'on trouvait un sac de chatons ou de chiots dans cette condition. C'est une enfant. La société devrait être horrifiée.»

Le moraliste Nicolas de Chamfort avait noté en son temps: «La société, qui rapetisse beaucoup les hommes, réduit les femmes à rien.» De toute évidence, au Canada, si vous ajoutez le mot «autochtone» à femme, vous êtes réduite à moins que rien.

Il faut qu'on parle de Tina et de ses soeurs d'infortune.




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