Peut-on rattraper le rattrapage?

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Est-ce qu'on en aura vraiment fini avec ces détestables ruptures de service, dont on n'entend pas toujours parler en ville, mais qui sont pénibles et démoralisantes pour les résidants des régions touchées ? Si c'est le cas, ce sera un réel progrès, affirme notre éditorialiste.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Face à l'explosion de la rémunération des médecins, Québec s'est efforcé d'atténuer le choc de la facture qui l'attendait au détour en renégociant les engagements passés et en les étalant sur une plus longue période.

Le Conseil du trésor prévoit ainsi économiser environ 400 millions par an sur la durée de sa nouvelle entente, révèle aujourd'hui La Presse. Ce n'est vraiment pas à dédaigner. Les sommes qui restent à verser demeurent néanmoins considérables. Amélioreront-elles suffisamment l'accès ? Et ceux qui les reçoivent seront-ils liés par de véritables obligations de résultat ? Autrement dit, est-ce que la population en aura enfin pour son argent ? Ce sera le véritable test.

« Ces ententes [...] permettent d'améliorer les services offerts et l'accès aux soins », lit-on dans le communiqué du gouvernement... publié au terme de la négociation de 2011. Des clous, nous a révélé la vérificatrice générale quatre ans plus tard. La quasi-totalité des mesures incitatives, tant pour les spécialistes que pour les omnipraticiens, ne comportait ni cibles ni indicateurs. Et même quand il était visible que les services ne s'amélioraient pas, le Ministère ne rectifiait pas le tir.

Est-ce que ça sera différent, cette fois ? Le gouvernement Couillard jure que oui. Il se serait notamment assuré que les petits hôpitaux des régions excentrées, comme à La Pocatière ou à Maria, ne se retrouvent plus à découvert pour sept spécialités de base, dont l'anesthésie et la chirurgie générale. Des ententes seront conclues avec ces spécialités, avec le financement requis à la clé. 

Est-ce qu'on en aura vraiment fini avec ces détestables ruptures de service, dont on n'entend pas toujours parler en ville, mais qui sont pénibles et démoralisantes pour les résidants des régions touchées ? Si c'est le cas, ce sera un réel progrès.

Ces mesures seront financées à même les sommes dues, comme toutes les autres de l'entente, à l'image des fameux frais accessoires que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) avait déjà accepté d'absorber à même son enveloppe l'an dernier. Mieux, signalent nos collègues Denis Lessard et Tommy Chouinard, le gouvernement a obtenu que les spécialistes absorbent des frais qui étaient jusqu'alors assumés par le reste du budget de la Santé. La FMSQ a accepté de réduire des sommes dues depuis l'entente de 2011 à la suite du rapport du vérificateur général, a pour sa part indiqué la présidente de la Fédération dans un bulletin spécial envoyé hier à ses membres.

Mais qu'en est-il des besoins du reste des Québécois, ceux qui n'ont peut-être pas une centaine de kilomètres à parcourir pour voir un spécialiste, mais qui doivent attendre une éternité avant de pouvoir en rencontrer un ? À tout le moins, on semble déterminé à ouvrir les vannes pour réduire l'attente en imagerie médicale, mais pour le reste, il faudra voir ce que ce gouvernement a obtenu comme garanties pour améliorer l'accès.

Québec répète depuis une semaine qu'il n'y a pas d'« argent neuf » dans cette entente, qu'il s'agit uniquement de verser des sommes accordées dans le cadre d'ententes antérieures et qui n'avaient pas encore été décaissées. Sauf que ces gains antérieurs n'avaient pas seulement été obtenus à cause de la poigne de la fédération des spécialistes. Ils ont été accordés sur la base d'un principe qui avait été jugé légitime au milieu des années 2000, celui d'un rattrapage par rapport aux médecins des autres provinces.

Quel était l'écart à combler pour que la situation devienne acceptable ? Même si les parties ne s'entendaient pas là-dessus, le chiffre avait été considéré comme assez important pour que le gouvernement commence tout de suite à accorder des augmentations, sous réserve de suivre l'évolution de la situation. On connaît la suite : les comités qui devaient être créés à cette fin en 2011 n'ont jamais vu le jour, et depuis, vogue la galère. Les négociations se sont faites en l'absence d'une balise indispensable, soit une mesure de l'écart en fonction de critères convenus par les deux parties et réalisée par un organisme indépendant.

Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, c'est seulement maintenant qu'on s'en occupe. L'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) calculera les écarts - avec le reste du Canada pour les spécialistes, avec l'Ontario pour les médecins de famille.

Dans l'ensemble, Québec semble avoir réussi à faire certains gains et à mieux répartir une charge qui pesait comme un boulet sur le trésor public. Mais il est décevant qu'il ait fallu, encore une fois, conclure une entente sans avoir en main un point de comparaison indiscutable - en particulier ces jours-ci, alors que selon les plus récentes données de l'ICIS, tout indique que le médecin spécialiste du Québec touche davantage que son confrère ontarien depuis 2015-2016. On reste avec l'impression désagréable qu'on aurait pu aller chercher davantage pour la population si on avait eu les données convaincantes en main.




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