Le conciliateur

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Le premier ministre du Canada Justin Trudeau

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Menacer de déchirer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pour arracher des concessions au Canada et au Mexique ? Donald Trump croit beaucoup en cette stratégie, mais c'est un jeu dangereux que les milieux d'affaires américains sont de plus en plus nombreux à dénoncer. On n'a malheureusement pas le choix de s'y préparer.

Le président américain a soufflé le chaud et le froid comme jamais devant Justin Trudeau mercredi, le présentant comme un ami tout en faisant miroiter son pire cauchemar. « Si nous ne pouvons pas conclure d'entente, [l'accord] sera résilié, et ce sera bien ainsi », a-t-il déclaré tandis que le premier ministre canadien s'efforçait de garder un sourire stoïque devant les caméras.

Les entreprises américaines, par contre, ne la trouvent plus drôle. La U.S. Chamber of Commerce a sonné l'alarme à deux reprises au cours de la dernière semaine, d'abord auprès des journalistes puis dans un discours à Mexico. Le plus important lobby d'affaires américain a attaqué de front plusieurs des revendications des États-Unis, les qualifiant de dragées toxiques susceptibles de faire avorter l'entente.

Plus de 300 chambres de commerce locales et régionales ont également adressé une lettre ouverte à Donald Trump cette semaine. Des associations de l'industrie automobile avaient fait de même avec le secrétaire au Commerce Wilbur Ross il y a 15 jours, le mettant en garde contre les effets dévastateurs d'un resserrement aux règles d'origine. Et à Washington, le comité des voies et moyens de la Chambre des représentants a accueilli le premier ministre Trudeau avec un éloge de l'ALENA avant-hier.

Ces alliés ne sont évidemment pas désintéressés. Plusieurs réclament des concessions du Canada - notamment à la gestion de l'offre, pour élargir l'accès aux produits laitiers américains.

Ces discussions, même tendues, sont cependant de loin préférables à une rupture des négociations. Malheureusement, Donald Trump paraît de plus en plus enclin à emprunter cette voie. Heureusement, plusieurs garde-fous sont susceptibles de retarder le saut dans le vide.

Il y a d'abord ce préavis de six mois que le président doit donner pour sortir son pays de l'ALENA. Assez pour que le Congrès, qui a son mot à dire en matière de commerce international, mette les freins. Assez aussi pour créer un sentiment d'urgence susceptible d'accélérer les négociations. Sinon ? On peut espérer que le précédent Accord de libre-échange Canada-États-Unis (ALE), jamais aboli, prenne automatiquement le relais, mais on s'avance en terrain inconnu.

« Nous devons être prêts à tout, et nous le sommes », a assuré Justin Trudeau au sortir de la Maison-Blanche. On veut bien le croire, mais si la menace se confirme, les Canadiens exigeront davantage. Taper du poing sur la table n'étant pas une option réaliste pour le Canada, le premier ministre devra expliquer comment il entend aider les entreprises exportatrices à faire face à la situation.

Les milieux d'affaires américains aussi doivent être prêts à tout. Une incertitude comme celle qui plane au-dessus de l'ALENA n'est jamais bonne pour l'économie.

Des investissements ne voient pas le jour, les emplois qu'ils auraient créés non plus. Le problème, c'est que ça ne paraît pas. Faudra-t-il que des entreprises américaines menacent d'abandonner des projets d'expansion aux États-Unis pour faire entendre raison à leur président ? Ce serait bien mérité.

***

Les gens d'affaires américains à la défense de l'ALENA

« Si l'administration émettait un décret de retrait - qui requiert un délai de six mois - , nos partenaires du Canada et du Mexique ne le verraient pas comme une stratégie de négociation. Ça fermerait plutôt la porte aux négociations futures, parce que ces gouvernements ont clairement indiqué qu'ils ne négocieraient pas avec un fusil sur la tempe. »

- Thomas Donohue, président de la Chambre de commerce des États-Unis

« Nous voulons aider les entreprises, les manufacturiers, les agriculteurs et les exploitants de ranchs nord-américains à être concurrentiels en tant que zone de commerce nord-américaine. Parce que lorsque l'Amérique du Nord gagne, les États-Unis gagnent - et la population américaine également. »

- Kevin Brady, président du comité de voies et moyens de la Chambre des représentants

« Le commerce avec le Canada et le Mexique soutient 14 millions d'emplois américains [...]. En fait, la moitié des importations canadiennes et mexicaines sont "fabriquées aux États-Unis". »

- Lettre ouverte de plus de 310 chambres de commerce américaines à Donald Trump

« Des règles d'origine irréalistes augmenteraient les coûts de fabrication, feraient grimper les prix aux consommateurs et, comme le montre une étude récente, élimineraient jusqu'à 50 000 emplois américains. Moderniser l'ALENA, oui. Mais ne pas nuire. »

- Steve Handschuh, président, Motor & Equipment Manufacturers Association (lettre ouverte au Washington Post).




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