La bureaucratie au temps des catastrophes

«Se trouver confiné dans un endroit où l'eau,... (PHOTO AFP)

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«Se trouver confiné dans un endroit où l'eau, la nourriture et l'électricité manquent, quand on n'est pas chez soi et qu'on n'a aucun moyen de s'en sortir, c'est pénible, mais quand on n'a pas la moindre idée du temps que ça va durer, ça devient rapidement intenable», souligne Ariane Krol.

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Les angoisses des voyageurs canadiens coincés dans les Antilles ravagées par l'ouragan Irma seront bientôt chose du passé, puisque Ottawa prévoyait rapatrier la majorité d'entre eux hier. Fin de l'histoire? Non. Dans un contexte où le tourisme est en croissance et les événements climatiques vont aller en s'intensifiant, le gouvernement va devoir trouver comment répondre plus efficacement à de telles situations.

Pourquoi, par exemple, s'en remettre uniquement à des vols commerciaux pour évacuer ses ressortissants? Interrogés en point de presse hier, les ministres Garneau et Bibeau ont fait valoir que le problème venait des infrastructures aéroportuaires qui, à certains endroits, n'étaient pas en mesure de recevoir les avions, qu'ils soient civils ou militaires. La question n'est pas là. 

Avec une tempête de cette amplitude, et qu'on a vue venir des jours d'avance, l'objectif devrait être d'évacuer un maximum de ressortissants avant que la région ne soit sinistrée. 

Des transporteurs aériens ont effectivement ramené des milliers de vacanciers avant l'arrivée d'Irma, mais leurs capacités sont limitées. Des centaines de touristes désireux de partir sont restés pris sur place, sans savoir quand on reviendrait les chercher. À l'incertitude des éléments a succédé celle de la bureaucratie.

On peut comprendre que dans de telles circonstances, où les réseaux de communication sont touchés et la suite des événements est imprécise, il est difficile de donner rapidement des certitudes. Sauf que le gouvernement, lui, doit être conscient de l'inquiétude que provoquent ses silences et ses messages flous. Se trouver confiné dans un endroit où l'eau, la nourriture et l'électricité manquent, quand on n'est pas chez soi et qu'on n'a aucun moyen de s'en sortir, c'est pénible, mais quand on n'a pas la moindre idée du temps que ça va durer, ça devient rapidement intenable. À plus forte raison quand l'endroit est en proie aux pillages, comme à Saint-Martin, l'une des deux îles qui comptait le plus de Canadiens ayant appelé à l'aide.

Ministres et fonctionnaires ont assuré hier qu'ils s'y étaient pris d'avance et avaient ajouté du personnel, mais avec tout ce qu'on a entendu des sinistrés et de leurs proches, Ottawa doit admettre que le résultat n'était pas à la hauteur. Alors que les voyageurs voulaient savoir quand on viendrait les chercher, l'information officielle mettait l'accent sur le processus. On a même eu droit, à deux reprises sur la page Facebook des conseils à l'intention des voyageurs, à des images de personnel en réunion, sous la mention «Quelques photos de la réponse du gouvernement du Canada». Plus surréaliste que rassurant...

Le pompon de la bureaucratie revient cependant aux autorités de Turks-et-Caïcos qui, après avoir laissé atterrir un avion d'Air Canada amenant des renforts pour réparer leur réseau électrique, a refusé de le laisser repartir avec des touristes sous prétexte que seuls les vols humanitaires étaient autorisés. Il a fallu une intervention du gouvernement canadien pour que celui des îles entende raison. 

Comment un territoire aussi dépendant du tourisme peut-il à ce point manquer de jugement? Ça dépasse l'entendement.

Cela dit, il est bien difficile d'échapper aux critiques dans un contexte aussi chaotique.

Le gouvernement américain, cité par beaucoup en exemple pour avoir fait sortir rapidement quelque 1200 ressortissants de Saint-Martin? Blâmé à domicile pour sa lenteur et son manque de leadership, et accusé d'avoir abandonné près de 6000 autres Américains à leur sort dans cette île.

Le gouvernement néerlandais, envié par les Français de Saint-Martin parce que ses avions militaires venus apporter des vivres sont repartis avec près de 300 touristes dimanche? La veille, son premier ministre avait dû se justifier auprès de ses concitoyens furieux de voir s'envoler des touristes d'autres pays. Contrairement aux Américains et aux Canadiens qui n'ont que des touristes à évacuer, les Pays-Bas ont dû donner la priorité à leurs patients hospitalisés, a expliqué Mark Rutte.

Ottawa doit faire mieux, mais les Canadiens, eux, doivent se faire à l'idée : la réponse parfaite à ce genre de situation n'existe pas.




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