L'enfant n'est pas un client comme les autres

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« Le scénario fédéral est à la fois plus et moins restrictif que la loi québécoise », explique Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Santé Canada a raison de vouloir interdire les pubs de malbouffe ciblant les jeunes, mais ça ne sera pas un jeu d'enfant.

Après l'alcool, le tabac et les jeux de hasard, c'est la publicité de boissons et aliments jugés mauvais pour la santé qui pourrait bientôt être interdite aux mineurs.

« Les enfants et les jeunes sont ciblés par des canaux multiples, où qu'ils aillent, et les études montrent que ces tactiques influencent ce qu'ils consomment à un jeune âge, et jettent les bases d'habitudes alimentaires malsaines », souligne Santé Canada dans son document de consultation.

La lettre de mandat de la ministre de la Santé Jane Philpott, on s'en souvient, lui avait demandé d'adopter « de nouvelles restrictions, semblables à celles maintenant en vigueur au Québec, sur la publicité visant la consommation de boissons et d'aliments mauvais pour la santé destinée aux enfants ».

Le scénario fédéral est à la fois plus et moins restrictif que la loi québécoise. Le fédéral veut interdire de cibler les jeunes jusqu'à 17 ans, alors que le Québec s'arrête à 13 ans. Par contre, Ottawa s'intéresse seulement aux « aliments malsains », alors que les dispositions québécoises s'appliquent à la majorité des produits et services. Celles-ci étant en vigueur depuis les années 80, les Québécois sont moins conscients du marketing alimentaire envers les enfants, mais celui-ci est bien présent ailleurs au Canada.

Une recherche a par exemple, répertorié les produits annoncés sur les chaînes de télé pour enfants de Toronto en 2013. Les plus fréquents ?

1- des restaurants, presque tous de restauration rapide ;

2- des bonbons et tablettes de chocolat ;

3- des gâteaux, biscuits et crèmes glacées.

Même si l'on trouve que la télé a perdu en popularité auprès des jeunes, ils en regardent quand même deux heures en moyenne par jour, souligne la chercheure Monique Potvin Kent de l'Université d'Ottawa. C'est sans compter le temps passé en ligne, où, contrairement à la télé, la quantité de publicité n'est pas réglementée, et où les possibilités d'interaction sont infinies. Sans oublier tous les lieux physiques ou virtuels, comme les jeux vidéo, où les jeunes sont visés par des réclames.

La proposition fédérale arrive à point. L'importance de contrôler le marketing des produits alimentaires destinés aux enfants, notamment les aliments riches en sucre, a été beaucoup évoquée dans les récentes consultations sur le prochain Guide alimentaire.

Plusieurs associations et organismes du domaine de la santé réclament aussi une telle interdiction. La Fondation des maladies du coeur et de l'AVC du Canada a mis toute la gomme là-dessus cette année. Son Bulletin de santé annuel est une charge à fond de train contre le marketing alimentaire aux enfants. Elle a même produit une vidéo satirique sur une agence fictive spécialisée dans la pub destinée aux enfants. « Nos recherches montrent que leur cerveau n'est pas encore complètement développé. On pourrait penser que ça nous complique la tâche. Pfff ! En réalité, ça nous la facilite grandement », explique le faux directeur de la création.

L'interdiction fédérale, aussi justifiée soit-elle, risque toutefois de frapper un os.

Le secteur alimentaire ne se laissera pas tasser facilement, et opposera sans doute son système d'autoréglementation en vigueur depuis 10 ans. Ceux qui profitent des retombées publicitaires ne se laisseront pas faire non plus. On l'a vu même au Québec, où des producteurs d'émissions jeunesse ont réclamé des assouplissements à la loi afin que les chaînes aient plus de revenus pour acquérir de la production locale. Sans oublier les organisateurs d'événements familiaux et les équipes de sport amateur, qui ne voudront pas se voir privés de commandites.

Il faudra aussi s'entendre sur les termes. Qu'est-ce qu'un « aliment malsain » ? Et comment peut-on déterminer que les jeunes sont ciblés ? Santé Canada propose des définitions, mais celles-ci feront certainement l'objet d'intenses tractations.

***

Si la pub de malbouffe était déjà interdite aux jeunes, personne ne réussirait à faire changer les règles du jeu. Vouloir profiter du fait que les jeunes sont influençables ? Et qu'avant un certain âge, ils n'ont pas le recul d'un adulte face au marketing ? C'est indéfendable.

Malheureusement, ce sont ceux qui veulent les protéger du racolage qui doivent convaincre. Et ça ne passera pas comme du beurre dans la poêle.




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