Santé : la réforme d'un seul homme

Ariane Krol... (Photo Marco Campanozzi, archives La Presse)

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Ariane Krol

Photo Marco Campanozzi, archives La Presse

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Un ministre peut-il, à lui seul, résoudre les maux les plus criants de notre système de santé - le manque d'accès, la bureaucratie, le financement inefficace ? Gaétan Barrette est convaincu d'avoir trouvé le traitement idéal, et il n'a pas perdu de temps pour l'administrer. S'y prend-il de la bonne manière? Si les objectifs sont souvent les bons, les méthodes et les résultats laissent à désirer, constatent les experts en gestion de la santé réunis par La Presse. Et pour l'instant, rien ne garantit que les Québécois s'en porteront mieux.

Il y a des performances plus faciles à évaluer que d'autres. Les 100 premiers jours d'un nouveau gouvernement. Le budget d'un ministre des Finances. Mais l'ambitieuse transformation du réseau de la santé entreprise par le ministre Barrette il y a près de trois ans?

Oh, il ne manque pas de volontaires pour commenter cette fameuse «réforme Barrette». Le hic, c'est que la plupart ont un intérêt direct dans l'affaire.

Fédérations de médecins, syndicats de professionnels et de travailleurs de la santé, regroupements de gestionnaires, propriétaires de pharmacies, fabricants de médicaments, tous ont à perdre ou à gagner au change. Leurs remarques peuvent être fondées et leurs plaintes légitimes, mais on ne peut pas se fier à eux pour déterminer si l'opération sert les intérêts des Québécois.

L'éclairage fourni par le panel de La Presse est donc particulièrement bienvenu dans le débat. Ces spécialistes des organisations de santé en ont vu d'autres. Les orientations prises depuis près de trois ans correspondent-elles aux meilleures pratiques? Les ressources sont-elles utilisées au mieux? Dit autrement : si notre système de santé était un patient, les interventions du ministre l'amèneraient-elles au sommet de sa forme?

Le geste le plus spectaculaire, les fusions à grande échelle, n'a impressionné personne. Et la centralisation des pouvoirs qui s'est ensuivie encore moins. «Prendre les décisions centralement, ça inhibe complètement la créativité, la responsabilisation, la motivation, toutes les qualités qu'on recherche», rappelle avec justesse Joanne Castonguay, directrice de recherche à l'Institut de recherche en politiques publiques.

Le ministre s'en accommode très bien, mais il ne sera pas là éternellement. On s'attend à ce qu'il remette le patient sur pied, pas à ce qu'il l'attache sous prétexte de le protéger de lui-même.

S'il y a une chose qu'on ne pourra jamais lui reprocher, par contre, c'est bien de ne pas avoir essayé. Gaétan Barrette entend triompher là où ses prédécesseurs ont reculé, et il ne ménage pas ses efforts. Plusieurs de ses déclarations d'intentions vont d'ailleurs dans le bon sens, signale le panel deLa Presse.

Aller vers un financement par épisode de soins et négocier les prix des médicaments sont deux pas dans la bonne direction.

L'ennui, c'est que beaucoup des chantiers affichés ne sont pas très avancés. Impossible, donc, de dire s'ils sont bien gérés. On peut saluer l'idée, mais il est beaucoup trop tôt pour applaudir.

Évidemment, il y a des limites à ce qui peut être fait en moins de trois ans. Que cette ambitieuse réforme ne soit pas encore complétée, nous pouvons le comprendre. Le problème, c'est que le ministre présente des projets qui restent à ficeler comme des missions accomplies. On l'a vu encore récemment avec les échographies et les frais accessoires : c'est très frustrant pour les patients.

En campagne électorale, le Parti libéral du Québec avait promis que les échographies, les scanners et l'imagerie par résonance magnétique effectués en clinique privée seraient couverts dès 2014-2015. Il s'était aussi engagé à revoir le mode de financement des établissements dès la première année de son mandat. Si l'on notait la réforme en fonction de ces promesses, le verdict serait autrement plus sévère.

L'évaluation décisive, toutefois, viendra des Québécois. Et elle n'aura rien de théorique.

L'inscription auprès des médecins de famille augmente et l'objectif (85% de la population d'ici la fin de 2017) semble désormais atteignable, a-t-on entendu la semaine dernière. Bravo, mais les patients orphelins veulent plus qu'un papier d'adoption. S'ils ne réussissent pas à voir le médecin qui leur a été attribué, nous ne donnons pas cher de la note du ministre.




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