Panama Papers: le vernis craque

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« Le Panama, dont la réputation dans le blanchiment d'argent n'est plus à faire, vient d'échouer lamentablement à redorer sa propre image », écrit notre éditorialiste. Sur la photo, les bureaux de Mossack Fonseca à Panama City.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Si le gouvernement panaméen espérait redorer sa réputation à peu de frais, c'est raté. Les deux plus prestigieux experts recrutés pour l'aider à assainir son système financier viennent de claquer la porte en l'accusant de manquer de transparence. L'affaire ne doit pas en rester là.

L'initiative était pourtant prometteuse. Moins d'un mois après les premières révélations issues des documents de la firme Mossack Fonseca, le Panamá a annoncé la création d'un comité autonome et indépendant pour l'aider à améliorer son système légal et financier. La présence du Nobel d'économie Joseph Stiglitz et de Mark Pieth, une autorité mondiale dans la lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent, avait donné beaucoup de crédibilité au projet. Leur démission, vendredi dernier, ne lui en laisse pas beaucoup.

Le gouvernement a refusé de s'engager à rendre le rapport public, ont expliqué les deux hommes en dénonçant aussi l'étroitesse de leur mandat. Le comité ne compte plus que quatre Panaméens et un Costaricain.

Réagissant par communiqué, le Panamá a réitéré son « engagement ferme et réel envers la transparence et la coopération internationale » et indiqué que le reste du comité avait l'autorisation de publier le rapport préliminaire remis le 19 juillet dernier. 

Un « rapport intérimaire » de neuf pages a effectivement circulé. Il contient plusieurs recommandations visant à améliorer la transparence, notamment à l'égard des véritables bénéficiaires des sociétés enregistrées au Panamá et du partage d'information avec des pays tiers.

Malheureusement pour le gouvernement, les deux démissionnaires ont fait savoir qu'ils n'avaient participé d'aucune façon à sa rédaction. Si ç'avait été le cas, les recommandations seraient allées beaucoup plus loin, ont-ils souligné dans leur lettre au président du Panamá.

Le Panama, dont la réputation dans le blanchiment d'argent n'est plus à faire, vient d'échouer lamentablement à redorer sa propre image.

C'est décevant, mais pas si étonnant. En matière de paradis fiscaux, tout le monde traîne les pieds pour protéger son fonds de commerce, et les progrès annoncés sont souvent modestes. Mais il y en a.

Le Groupe d'action financière (GAFI) a reconnu en février dernier que le Panamá avait fait des « progrès significatifs » en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Et après avoir reculé sur son engagement d'adhérer à la norme d'échange automatique de renseignements fiscaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques l'an dernier (OCDE), le pays a promis récemment de signer la Convention concernant l'assistance administrative mutuelle en matière fiscale de l'organisation. 

Alors, qu'est-ce qui a bloqué cette fois-ci ? Ceux qui profitent de l'opacité du Panamá ont fait pression sur le gouvernement, pense Mark Pieth. « Le milieu des affaires, les fournisseurs de services se sont réveillés et ont réalisé qu'ils pourraient être obligés de fermer », a-t-il commenté en entrevue à la BBC. 

Raison de plus pour maintenir la pression contraire sur les autorités en continuant à exiger plus de transparence, car au Panamá comme en Suisse ou ailleurs, c'est la seule chose qui ait un peu d'effet jusqu'ici.

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