Dopage : Après les labos, la politique

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« Si l'on veut vraiment en finir avec la culture du dopage sportif de ce pays, il faudra en exposer tous les rouages en finissant cette enquête », écrit Ariane Krol au sujet de la Russie.

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Les autorités russes ont contribué activement au dopage de leurs athlètes avant, pendant et après les Jeux olympiques (JO) de Sotchi, confirme un rapport d'enquête indépendant publié hier. Si ces révélations sont accablantes pour le gouvernement Poutine, la position du Comité international olympique (CIO) n'est guère plus confortable. Laisser la Russie participer aux Jeux de Rio comme si de rien n'était est impensable, mais l'en exclure ne règlera pas grand-chose.

L'Agence mondiale antidopage (AMA) a placé le CIO au pied du mur hier, lui recommandant de refuser toutes les candidatures soumises par les comités olympique et paralympique russes aux Jeux de Rio. La commission exécutive du CIO en débattra en réunion téléphonique aujourd'hui.

Certes, l'exclusion pure et simple de la Russie aux prochains JO enverrait un message fort, à la mesure du stratagème. Ce ne sont pas seulement les athlètes qui seraient privés de Jeux, mais le gouvernement lui-même. À l'humiliation du rejet s'ajouterait la frustration de ne pouvoir récolter la moindre médaille.

Pour cet État soupçonné d'avoir pris le dopage en main en réaction à sa piètre performance aux JO de Vancouver, en 2010, ce serait l'équivalent d'une fessée publique retransmise en direct de la cérémonie d'ouverture. L'effet punitif serait complet. L'effet dissuasif, par contre, est loin d'être assuré.

Les responsables identifiés dans le rapport seront suspendus, a annoncé le président russe. C'est bien sa seule concession. « Les accusations contre les athlètes russes sont basées sur les informations venant d'une seule personne », a affirmé Vladimir Poutine en évoquant le passé trouble de l'ex-directeur du laboratoire de Moscou, Grigori Rodtchenkov. Les scandales de dopage ne sont qu'une nouvelle façon pour la politique de s'immiscer dans le sport, a-t-il ajouté.

C'est de la pirouette de calibre olympique !

Contrairement à ce que prétend le président Poutine, les enquêteurs ont entendu d'autres témoins que le Dr Rodtchenkov. Ils ont aussi épluché des milliers de documents et corroboré ses dires avec des tests de labos. La reconstitution des faits, dans lesquels le ministre du Sport, les services secrets et l'agence antidopage sont impliqués, est accablante.

Personne ne nous fera croire que la Russie est victime d'un coup monté dans cette histoire.

C'est pourtant la perception qui risque de rester dans ce pays si le CIO se contente de l'exclure des Jeux de Rio. L'enquêteur indépendant a beau n'avoir retenu que les éléments crédibles « hors de tout doute raisonnable », il a dû faire des choix faute de temps. Contrairement à ce que prévoyait le mandat, aucun athlète n'est nommé. Les échantillons ont été choisis non pas de façon aléatoire, mais en fonction des soupçons. Les autorités russes n'ont pas été interrogées.

Ces choix sont peut-être justifiables quand on ne dispose que de 57 jours pour faire la lumière sur un stratagème digne d'un roman d'espionnage, mais ce sont autant de failles qui donnent prise au doute et à la critique.

La décision qui sera prise sur la présence de la Russie à Rio sera avant tout politique. Si l'on veut vraiment en finir avec la culture du dopage sportif de ce pays, il faudra en exposer tous les rouages en finissant cette enquête.

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