Rona passe à la caisse

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« Les efforts de redressements des dernières années auront surtout servi à faire de Rona une cible d'acquisition plus attrayante », constate notre éditorialiste.

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Coincée dans un environnement de plus en plus concurrentiel, Rona accepte de se vendre au géant américain Lowe's. Et cette fois, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher l'acheteur de l'emporter.

Trois ans et demi ont passé depuis la première tentative de prise de contrôle de Lowe's sur Rona, mais, dans les faits, on se trouve à des années-lumière. L'offre non sollicitée, on s'en souvient, avait braqué tout le monde au Québec. Le conseil de Rona l'avait rejetée en bloc, jugeant qu'elle «n'était pas dans le meilleur intérêt» de l'entreprise et de ses actionnaires. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, alors en campagne électorale, avait affirmé que la transaction n'était pas « dans l'intérêt du Québec ni du Canada». Lowe's avait retiré son offre un mois et demi plus tard.

Cette fois, la chaîne américaine a préparé le terrain. Elle a obtenu l'appui unanime du conseil et de la direction de Rona.

Elle promet une certaine continuité (établir son siège social canadien à Boucherville, garder des hauts dirigeants et la majorité des employés actuels, maintenir la stratégie d'approvisionnement local ainsi que la diversité de formats et de bannières de Rona, etc.) Le président de sa filiale canadienne, le Québécois Sylvain Prud'homme, semble vraiment heureux de revenir ici.

Et Lowe's a proposé un prix assez attrayant pour espérer mettre les actionnaires de son côté. À 24$ l'action ordinaire, c'est presque 40% de plus que le sommet de la dernière année. Certes, la faiblesse de notre dollar lui facilite drôlement la tâche, mais le fait que la Caisse de dépôt, détentrice de 17% de Rona, accepte de déposer ses actions envoie tout de même un signal positif sur la valeur de l'offre.

Il faut dire que l'acheteur a tout intérêt à ce que l'affaire se fasse. Huit ans après son arrivée au Canada, Lowe's a seulement 42 points de vente. Rona, en revanche, est numéro un au pays. Son réseau compte près de 500 magasins, dont près de la moitié lui appartiennent. Au jeu de serpents et échelles, Lowe's vient de se payer un ascenseur ultrarapide, doublant son rival Home Depot sur le marché canadien.

Pour le Québec, une transaction dans laquelle une entreprise locale cotée en Bourse est absorbée par une société de l'extérieur ne sera jamais un gain net. Pour l'entreprise elle-même, toutefois, la question est plus complexe. La direction ne l'a pas caché hier, les années à venir ne s'annoncent pas faciles. La concurrence s'intensifie, les perspectives de croissance sont incertaines. Et dans un monde où les sites transactionnels sont déterminants pour attirer la clientèle en magasin, celui de Rona ne soutient pas la comparaison. Bref, il est loin d'être certain que le groupe aurait beaucoup progressé par lui-même au cours des prochaines années. C'est malheureux à dire, mais ses efforts de redressements des dernières années auront surtout servi à en faire une cible d'acquisition plus attrayante.

La façon dont Lowe's a emballé et livré son offre témoigne d'une sensibilité accrue à l'égard de la réalité québécoise. Pour juger du sérieux de ses engagements, toutefois, il faudra attendre de les voir par écrit. Ça n'en fera évidemment pas des garanties, mais aucune entreprise, même indépendante, ne peut en donner sur son avenir.

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