Les effets secondaires de Valeant

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« Plusieurs instances réglementaires américaines ont ouvert des enquêtes sur les façons de faire de Valeant », rappelle notre éditorialiste. Sur la photo, le siège social de la société, à Laval.

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La société lavalloise Valeant n'a pas ménagé ses efforts pour rassurer les investisseurs avant l'ouverture des marchés, hier matin. Elle n'est cependant pas seule sur la sellette. Ses stratégies controversées n'aident vraiment pas l'image du secteur pharmaceutique.

Armés de 90 pages de chiffres et de détails sur la structure de distribution alambiquée de l'entreprise, une demi-douzaine de membres de la haute direction ont passé plus d'une heure à démonter le rapport dévastateur de Citron Research, qui a évoqué une « Enron pharmaceutique » la semaine dernière. Le PDG de Valeant a même demandé aux autorités réglementaires américaines d'enquêter sur Citron, firme spécialisée dans la vente à découvert - et qui, donc, s'enrichit avec les titres qui perdent de la valeur.

Il sera effectivement important de déterminer si les ventes ont été gonflées, comme le suggère Citron. Valeant n'avait cependant pas besoin de ces allégations pour susciter la controverse. Sa stratégie d'acquisitions en série, qui lui a permis de mettre la main sur une gamme enviable de médicaments et de produits pharmaceutiques, et d'en augmenter les prix lorsqu'elle les considérait « sous-évalués par rapport à leur valeur clinique », en a scandalisé plusieurs.

Ces manoeuvres ont renforcé les pires perceptions à l'égard des grandes pharmas - celles de multinationales sans scrupules qui s'enrichissent de façon éhontée sur le dos des malades.

L'industrie s'est toujours défendue en évoquant les millions qu'elle doit investir en recherche pour pouvoir offrir de nouveaux traitements.

Le hic, c'est que Valeant ne peut pas s'abriter derrière cette excuse lorsqu'elle décide, comme en début d'année, de pomper les prix de médicaments pour le coeur de 200 à 500 % juste après les avoir achetés. Remarquez, elle n'est pas la seule. La société Turing a battu des records d'indécence en faisant passer le prix d'un médicament vendu depuis les années 50 de 13,50 à 750 $ le comprimé. Et il y en a d'autres.

Ces pratiques font tellement mal paraître l'industrie que celle-ci a tenté de s'en dissocier. « Leur stratégie est plus caractéristique d'un fonds spéculatif que d'une entreprise biopharmaceutique innovatrice », a dénoncé la Pharmaceutical Research and Manufacturers of America dans une rare déclaration contre des entreprises.

Il faut dire que ces pratiques ne nuisent pas seulement à l'image du secteur. Elles risquent de lui coûter très cher. À force de faire les manchettes, elles convaincront peut-être les élus ou les tribunaux américains d'encadrer davantage les prix des médicaments d'origine.

Déjà, la candidate à l'investiture démocrate Hillary Clinton a promis d'intervenir pour protéger les patients si elle était élue. Et plusieurs instances réglementaires américaines ont ouvert des enquêtes sur les façons de faire de Valeant.

La société lavalloise pourrait bien ne pas être la seule touchée par les effets secondaires de son modèle d'affaires.

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