Faussetés contagieuses

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Des chercheurs ont constaté que les affirmations négatives circulent davantage, avec le résultat qu'elles finissent par prendre le pas sur les affirmations positives, note notre éditorialiste.

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La transmission d'informations entre individus a tendance à gommer les faits et à amplifier les risques perçus, montre une expérience publiée mardi dans la revue scientifique PNAS. Un phénomène inquiétant en santé, où les peurs irrationnelles peuvent causer beaucoup de dégâts.

On l'apprend dès l'enfance par le jeu: si vous demandez à un petit groupe de transmettre une phrase de bouche à oreille, elle arrivera méconnaissable au dernier participant. Le résultat final n'est pas aussi comique entre adultes, mais il n'est guère plus fiable. 

Pour voir comment l'information passe d'une personne à l'autre, comme dans un réseau social, des chercheurs allemands ont demandé à 15 individus de lire sur le triclosan, un antibactérien controversé utilisé dans les savons. Chacun devait ensuite parler des risques associés à cette substance à un deuxième participant, qui en parlait à un troisième, et ainsi de suite. La transmission a ainsi été observée sur une dizaine d'étapes dans chacune des 15 chaînes. L'altération des messages est frappante.

Sur 30 éléments d'information transmis par un premier participant, seulement trois se rendaient au dernier, complètement déformés. Par contre, sept éléments venus d'on ne sait où s'étaient ajoutés en chemin.

Les chercheurs ont aussi constaté que les affirmations négatives circulaient davantage, avec le résultat qu'elles finissaient par prendre le pas sur les affirmations positives. Par exemple, ce qui était à l'origine présenté comme une possibilité (les germes pourraient devenir résistants au triclosan) devenait un fait (les germes développent une résistance).

Pas étonnant que tant de faussetés résistent aux démentis.

***

Un autre article publié mardi dans le Journal de l'Association médicale américaine montre, une fois de plus, que le fameux vaccin ROR (contre la rougeole, les oreillons et la rubéole) n'est absolument pas en cause dans les troubles du spectre de l'autisme (TSA). L'angle et l'ampleur de la démonstration la rendent particulièrement convaincante. Sachant que la probabilité de développer un TSA est plus élevée lorsqu'un autre enfant de la fratrie présente un tel trouble, les chercheurs ont examiné les dossiers près de 96 000 enfants ayant tous au moins un grand frère ou une grande soeur. Résultat? Avoir reçu le vaccin ROR n'est aucunement associé à un risque accru de TSA, même chez les enfants plus à risque, soulignent les chercheurs.

Une masse considérable d'études abondaient déjà dans le même sens. Malheureusement, beaucoup de gens subissent encore l'influence d'une recherche frauduleuse publiée à la fin des années 90 et largement démentie depuis. On en a vu les conséquences récemment, alors que plusieurs enfants non vaccinés ont contracté la rougeole un peu partout en Amérique du Nord.

Piquer ne suffit plus. Si on veut que la vaccination, ou toute autre campagne préventive, fonctionne, il faut tenir compte de la contagion sociale, et trouver des moyens de contrer la propagation d'idées dangereuses.

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