Retour à la réalité

Qu'on refuse des services à des malades, tout... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Qu'on refuse des services à des malades, tout en dépensant 70 millions par annnée en procréation assistée, dépasse l'entendement.

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La fin de la couverture des traitements de procréation assistée est un choc pour les Québécois qui prévoyaient utiliser ce programme. Dans le contexte de notre système de santé, toutefois, c'est la décision qui s'impose.

Pour bien se comprendre, il faut revenir à la situation qui prévalait avant août 2010. Les coûts des services n'étaient pas couverts par le régime public. Ils relevaient donc du privé. Plusieurs, y compris dans la communauté médicale, étaient alors inquiets du taux des grossesses multiples occasionnées par certaines pratiques et voulaient les voir diminuer.

Si l'État veut limiter le nombre d'embryons transférés lors d'une intervention, il doit rembourser les traitements, nous disait-on alors au gouvernement. Cette soi-disant impossibilité d'encadrer sans payer n'a cependant jamais été démontrée.

C'est dans ce contexte que l'administration Charest a lancé son coûteux programme public, il y a quatre ans. On peut le lui reprocher, mais il faut aussi se rappeler qu'aucun député, peu importe le parti, n'en avait alors critiqué la pertinence ou la quasi-absence de critères d'admissibilité.

Le projet de loi déposé vendredi dernier par le ministre Gaétan Barrette vient en quelque sorte corriger ce dérapage. L'État reprend les responsabilités qu'il aurait dû exercer dès le début, c'est-à-dire encadrer la procréation assistée sans pour autant y engloutir une fortune en fonds publics.

Avant d'ajouter un nouveau programme au panier de services de santé, il faut se demander si les besoins existants sont couverts. C'était loin d'être le cas en 2010. Ça ne l'est pas plus aujourd'hui. Des mères de famille s'endettent de milliers de dollars pour soigner leur cancer. Des enfants attendent des années pour les services spécialisés nécessaires à leur développement. Des patients doivent payer des tests de leur poche pour accéder à un diagnostic et un traitement. Qu'on leur refuse des services, tout en prenant 70 millions par an dans le budget de la Santé et des Services sociaux pour financer la procréation assistée, dépasse l'entendement.

Avant que ces services ne soient couverts, Québec avait déjà le crédit d'impôt le plus généreux en Amérique du Nord pour la procréation assistée, remboursant jusqu'à 10 000$ par an. Le nouveau crédit limite le volume de traitements admissibles et diminue le remboursement aux ménages gagnant plus de 86 000$. Les revenus plus modestes, par contre, pourront récupérer davantage qu'avant.

Le projet de loi n'est pas parfait. Les paramètres qu'il impose sur la séquence, le nombre et le type de traitements admissibles semblent très rigides, et suscitent de vives objections, aussi bien du Collège des médecins que de la Société québécoise de fertilité et d'andrologie. Il faudra que les arguments scientifiques exprimés en commission parlementaire soient pris en considération et que le texte final soit assez flexible pour suivre l'évolution de cette spécialité.

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