Ne poussez pas sur l'ambulance

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En dehors de Montréal et de Laval, les services ambulanciers sont fournis par des entreprises et le gouvernement doit négocier avec elles à l'aveuglette.

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Le rapport de force entre Québec et les services ambulanciers privés est malsain à plusieurs égards, montre un imposant rapport dévoilé récemment. Il est urgent d'y voir.

«Le ministère et les agences ont du mal à imposer des règles (...), le rapport de force qui s'est établi avec le temps n'est pas sain», résume le Comité national sur les services préhospitaliers d'urgence.

La formule est polie. La dynamique exposée dans le document donne plutôt l'impression que ce rapport de force est inexistant, et que la seule façon dont l'État puisse contrôler les coûts est de restreindre l'offre de services. Pas fameux pour la population.

En dehors de Montréal et de Laval, desservis par l'organisme public Urgences-santé, le service est assuré par des entreprises - privées, coopératives ou sans but lucratif. La relation client-fournisseurs, toutefois, est complètement faussée. Le gouvernement absorbe presque tous les frais sans pouvoir vérifier s'il en a pour son argent, montre le rapport du comité.

En l'absence de reddition de comptes systématique, l'État doit négocier à l'aveuglette, sans connaître la situation financière et la performance réelles de ces entreprises. Les profits peuvent ainsi être conservés par les propriétaires, versés aux membres de la coop (parfois les travailleurs eux-mêmes) ou réinvestis dans des services à la communauté.

Nous n'avons rien contre le profit, qui constitue un puissant incitatif à améliorer l'efficacité et la qualité du service. Dans la situation actuelle, toutefois, trop de facteurs sont susceptibles de déformer le signal. Le temps passé à l'hôpital, par exemple, réduit la disponibilité des ambulances, ce qui peut être utilisé pour réclamer davantage de ressources. Le rapport cite plusieurs autres situations, souvent complexes, où les intérêts des entreprises vont à l'encontre de ceux de la population et des finances publiques.

Les services préhospitaliers d'urgence représentent seulement 1,7% du budget total du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Est-ce pour cela que le rapport du Comité est passé inaperçu, tout comme le chapitre du rapport Robillard sur les ambulances?

On ne peut pourtant pas se permettre de regarder ailleurs. Les coûts augmentent plus vite que la demande, et cette demande pourrait bientôt exploser. Les patients de 65 ans ou plus, qui ne paient rien pour le service, sont responsables de plus de la moitié des transports. Et le vieillissement de la population pourrait faire grimper cette demande de presque 50% d'ici 2026.

Les tarifs, gelés depuis 17 ans, devraient être augmentés et la gratuité aux aînés abolie, a laissé entendre le ministre de la Santé hier. C'est un début, mais c'est aussi le plus facile. Négocier de meilleurs contrats et exiger des véhicules moins coûteux pour les interventions ne nécessitant pas une ambulance sera une autre paire de manches. Le ministre Barette semble heureusement convaincu de la nécessité d'agir. Voilà une belle occasion de mettre sa pugnacité à profit.

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