Le syndrome du micro

Notre gestion déficiente des grands projets ne vient... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Notre gestion déficiente des grands projets ne vient pas d'un problème de structures, mais de culture.

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Les politiciens sont incorrigibles. Ils ont beau plaider la saine gestion, ils continuent à annoncer des projets prématurément, sans en connaître les coûts ni la faisabilité, indique le rapport SECOR/KPMG rendu public hier.

L'ex-ministre des Finances Monique Jérôme-Forget a maintes fois dénoncé le «syndrome de la pépine», cette détestable manie qu'ont les élus de pelleter la terre de projets pas encore ficelés.

Les mesures adoptées par le précédent gouvernement pour mieux encadrer les projets d'infrastructures publiques ne sont malheureusement pas venues à bout de ces mauvaises habitudes.

«Les hausses les plus prononcées apparaissent généralement entre la première annonce publique et la réévaluation provenant des analyses technico-financières préliminaires. ll ne s'agit pas de dépassements de coûts, mais de sous-évaluation», signale le rapport commandé par Infrastructure Québec.

On ne sort peut-être plus la machinerie lourde, mais on a encore le syndrome du micro. On annonce en grande pompe des chantiers de centaines de millions de dollars sans tenir compte d'éléments prévisibles (rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, exigences de la Ville, risques du projet, etc.) qui feront inévitablement grimper la note.

Les Libéraux n'ont rien inventé. Les administrations précédentes se sont attiré les mêmes critiques du Vérificateur général. Il est toutefois décevant que le gouvernement Charest, qui prétendait faire mieux, ait perpétué cette culture de l'à-peu-près.

C'est la preuve que les structures ne règlent pas tout. Le fameux Plan québécois des infrastructures (PQI), créé en 2007 pour regrouper les investissements, est d'ailleurs terriblement opaque. Des projets déjà annoncés sont retirés en douce et des coûts supplémentaires ne sont pas pris en compte, montre la firme. Un rapport annuel détaillé à l'Assemblée nationale s'impose.

Le document de SECOR/KPMG doit toutefois être pris avec un grain de sel. Si vous avez besoin d'une étude pour étayer votre propos, vous trouverez toujours un consultant pour vous la rédiger. Il y a un peu de ça dans cette analyse pondue en moins de six semaines et livrée à quelques jours du premier budget Marceau.

Le rapport fournit un éclairage intéressant, mais on se demande, à la lecture de passages, quelles mains tapaient sur le clavier. «La capacité d'investissement du gouvernement du Québec est limitée et elle le demeurera fort probablement pour plusieurs années. Des choix devront être faits quant aux projets soutenus et ceux qui ne le sont pas», lit-on en préambule d'une recommandation. Il n'y a pas à dire, ça tombe à point.

Notre gestion déficiente des grands projets ne vient pas d'un problème de structures, mais de culture. Citoyens, élus et fonctionnaires sont tous interpelés. Des attentes aux annonces en passant par la planification, il est grand temps de faire preuve de réalisme.

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