Simuler l'économie

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Plus de 80 000 Canadiens ont perdu leur emploi le mois dernier, a confirmé Statistique Canada hier matin. En seulement 28 jours, le taux de chômage a grimpé d'un demi-point et atteint maintenant 7,7%. Le Québec est la province qui a perdu le plus d'emplois après l'Alberta et l'Ontario. Notre taux de chômage frise désormais les 8%.

Vous pouvez être certains que les partis de l'opposition, les lobbies et la population en général vont accentuer la pression sur les gouvernements pour qu'ils «interviennent» et «stimulent l'économie». C'est un discours inconséquent, qui s'illusionne sur l'influence de l'État. Non seulement Ottawa et Québec n'ont pas le pouvoir de stopper la crise, mais ils gaspilleraient beaucoup d'argent à essayer de le faire.

 

On n'a qu'à penser aux mesures d'incitation financière que les constructeurs automobiles réclament du fédéral pour les acheteurs de nouvelles voitures. Ford Canada a même suggéré un prix: 3500$ pour tous ceux qui remplacent un véhicule de 11 ans ou plus. L'Allemagne, qui a instauré un programme semblable, a vu ses ventes d'autos augmenter de 22% le mois dernier, pendant qu'elles s'affaissaient de 18% dans le reste de l'Europe. On n'en doute pas. Sauf qu'avant de se précipiter sur le photocopieur pour dupliquer le programme, il faut y regarder de plus près.

Le problème dont le Canada doit s'occuper, ce n'est pas le recul général des ventes d'autos, mais le risque que Chrysler et GM ferment leurs usines. Un incitatif à l'achat n'aurait qu'un effet limité sur ces constructeurs, puisqu'une partie des clients seulement iraient chez eux. Les autres préféreraient les concurrents - dont Ford, Honda et Toyota, ceux-là mêmes qui ont suggéré de créer un tel programme. Même en considérant l'ensemble du secteur, l'effet «stimulant» serait marginal. Car l'impact réel de ce genre de programme ne se mesure pas au nombre de clients qui ont bénéficié du crédit. L'augmentation des ventes vient seulement de ceux qui, sans cet incitatif, n'auraient pas acheté de véhicule. Autrement dit, l'État doit brûler beaucoup de munitions (l'argent de vos impôts!) pour toucher la cible de temps à autre. Et l'effet ne dure jamais. Qu'on se rappelle le coûteux programme de remises en argent du gouvernement Bush l'an dernier. Lorsque les derniers chèques ont atterri dans les boîtes à lettres, la consommation a recommencé à glisser.

Le recul des exportations et des prix des matières premières vont continuer à peser sur notre taux de chômage, a prévenu le FMI cette semaine. Et comme l'a rappelé le Groupe financier TD, aucune reprise n'est envisageable tant que l'économie américaine et les conditions financières mondiales ne seront pas stabilisées.

Québec et Ottawa peuvent compenser la baisse d'activité dans la construction en accélérant la mise en chantier d'infrastructures publiques jugées nécessaires, mais pour le reste, ils ne peuvent pas grand-chose. Évidemment, si vous arrosez un secteur de fonds publics, vous arriverez peut-être à y simuler une embellie, mais l'effet sera de courte durée. Au final, les retombées seront toujours décevantes, surtout quand on considère les sommes investies. Cette réalité est désagréable à entendre, mais ce n'est rien en comparaison de la somme que nous aurons à payer si nous disons oui à toutes ces pseudo-mesures de stimulation.

 

 




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