« Nai » à l'Europe

« Ce référendum improvisé constitue un tragique gaspillage de... (PHOTO CHRISTIAN HARTMANN, REUTERS)

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« Ce référendum improvisé constitue un tragique gaspillage de temps, d'argent et d'énergie », écrit notre éditorialiste au sujet de la consultation organisée demain en Grèce. Sur la photo, un partisan du camp du Oui agite les drapeaux grec et européen lors d'un rassemblement à Athènes.

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André Pratte
La Presse

Si le peuple grec ne souffrait pas tant, on rirait à en perdre haleine des aspects loufoques du référendum qui aura lieu demain en Grèce, à l'issue d'une « campagne » qui aura duré moins d'une semaine.

On s'amuserait du libellé de la question, renvoyant à deux documents techniques rédigés en anglais, au surplus mal traduits par les autorités hellènes. On rigolerait aussi de l'impact imprévu du fait que les Grecs sont inscrits sur la liste électorale de leur lieu de naissance. À chaque scrutin, un grand nombre de citoyens doivent voyager des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour voter. Or, cet été, les retraits bancaires étant limités, plusieurs n'ont pas d'argent pour acheter de l'essence ou prendre le train. Qu'à cela ne tienne : Athènes, qui nage sur l'or comme chacun sait, a décidé de suspendre le péage sur les autoroutes et de réduire de moitié les tarifs des chemins de fer nationaux.

Mais personne ne rit. Car ce référendum improvisé constitue un tragique gaspillage de temps, d'argent et d'énergie. Dans quel but ? Le premier ministre, Alexis Tsipras, prétend que si les Grecs votent « oxi » (Non) à la plus récente proposition du FMI et de l'Union européenne, il pourra obtenir une meilleure offre « en 48 heures ». C'est exactement le genre de promesses irresponsables qu'il avait faites aux élections de janvier dernier. 

Si les créanciers du pays ont consenti certains assouplissements aux conditions accompagnant une nouvelle aide financière, ils ont refusé de radier une partie de la dette grecque, principale exigence du gouvernement Tsipras. 

Pourquoi ? Parce que la Grèce n'est toujours pas prête à mettre en oeuvre les réformes grâce auxquelles elle cesserait d'accumuler les déficits.

Que les Grecs votent « oxi » ou « nai » (Oui), les créanciers ne changeront pas d'idée sur ce point.

Par conséquent, quoi qu'en dise M. Tsipras, le référendum de demain porte bel et bien sur l'appartenance de la Grèce à l'Union européenne.

S'ils votent massivement Non, les Grecs feront savoir qu'ils rejettent les conditions posées par leurs créanciers, donc qu'ils refusent d'appartenir à l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui. Ils devraient alors accepter la conséquence logique de leur choix : le « Grexit ».

Si les Grecs votent clairement Oui, il faut souhaiter que se forme rapidement une majorité parlementaire ad hoc capable de conclure et d'adopter un accord. La population ne sera pas au bout de ses peines, c'est sûr. Mais au moins, son appartenance à l'Union européenne sera assurée et la situation, stabilisée. De plus, à voir ce qui s'est produit dans d'autres pays qui ont eu à subir une cure d'austérité (Espagne, Portugal), les réformes finiront par porter leurs fruits.

Le pire scénario serait celui d'un résultat serré, que chacun interpréterait à sa manière. La crise risquerait alors de perdurer, avec des conséquences imprévisibles, fort probablement pénibles pour les Grecs.

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