Une amitié délicate

Le roi d'Arabie saoudite, Abdallah 1er.... (Photo Dylan Martinez, archives Reuters)

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Le roi d'Arabie saoudite, Abdallah 1er.

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André Pratte
La Presse

L'Arabie saoudite est sensible aux pressions internationales. On en a eu la preuve hier, alors que la deuxième séance de flagellation de Raïf Badawi a été reportée et que la cause du blogueur a été soumise à la Cour suprême du pays.

Le châtiment imposé à M. Badawi, dix ans de prison et 1000 coups de fouet, a été dénoncé par les organisations de défense des droits de la personne et par le département d'État américain. Le Canada, où s'est réfugiée la famille de Badawi, a imploré Riyad de faire preuve de «clémence».

Cette affaire nous rappelle le sinistre bilan de la monarchie saoudienne en ce qui a trait aux droits de l'Homme. Raïf Badawi a été condamné parce qu'il tenait un blogue critique du régime. Il n'est qu'un de plusieurs militants libéraux durement punis pour avoir «rompu leur allégeance au roi».

Le système judiciaire d'Arabie saoudite, fondé sur la charia, est secret et arbitraire. Des dizaines de personnes sont décapitées chaque année pour des crimes non violents telles la possession de drogue, l'apostasie et la «sorcellerie».

Même si l'Arabie saoudite participe à la lutte contre le djihad international, on l'accuse d'en être sciemment ou indirectement responsable par la promotion planétaire qu'elle fait du rigorisme religieux. Voilà suffisamment de motifs pour amener les pays occidentaux à s'interroger sur leurs relations avec la monarchie saoudienne.

À la violation systématique des droits de la personne s'ajoute maintenant la décision du principal exportateur de pétrole de la planète de laisser chuter les prix jusqu'à ce que ses principaux concurrents dans le marché américain, les producteurs des États-Unis et du Canada, soient forcés de réduire leur production. Riyad risque ainsi de causer des dommages économiques importants à plusieurs pays, dont le nôtre. Les Saoudiens n'abusent-ils pas de l'indulgence occidentale?

Si ce questionnement s'impose, il faut aussi convenir que la famille royale, qu'on dit favorable à des réformes, doit manoeuvrer prudemment. Le régime ne pourrait survivre sans l'appui des groupes religieux conservateurs, dont l'influence est considérable. D'ailleurs, plusieurs Saoudiens auraient mal digéré la condamnation sans équivoque de l'attentat contre le Charlie Hebdo exprimée par leur gouvernement.

Pour ce qui est du pétrole, les expériences passées ont enseigné aux dirigeants saoudiens que lorsqu'ils diminuent leur production dans l'espoir de soutenir les prix, d'autres pays n'hésitent pas à augmenter la leur pour augmenter leur part du marché.

La semaine prochaine, à Davos, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, doit rencontrer le prince Turki Al-Faisal, un membre influent de la famille royale. Souhaitons que M. Baird saura faire comprendre à son interlocuteur le profond malaise ressenti par de nombreux Canadiens à l'égard des politiques du royaume wahhabite.

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