Un référendum sur l'«austérité»

Le premier ministre pourrait tuer dans l'oeuf la... (Photo Jacques Boissinot, archives La Presse Canadienne)

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Le premier ministre pourrait tuer dans l'oeuf la mobilisation en donnant la parole à la majorité silencieuse.

Photo Jacques Boissinot, archives La Presse Canadienne

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Les centrales syndicales fourbissent leurs armes dans le but de forcer le gouvernement Couillard à abandonner son plan de redressement des finances publiques. Le ton des dirigeants syndicaux laisse penser que la mobilisation sera très importante au cours des prochains mois. Le spectre du printemps 2012 apparaît à l'horizon.

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, a repris dimanche un des principaux arguments des adversaires du gouvernement: «Les Québécois n'ont pas voté pour les politiques que ce gouvernement met en place. Rien dans l'attitude et les mots de M. Couillard ne laissait présager le programme d'austérité et de démantèlement du modèle québécois dans lequel il s'est lancé.»

Nous avons déjà démontré que le retour à l'équilibre budgétaire, quoi qu'on pense des mesures spécifiques mises de l'avant, n'entraînera d'aucune manière le «démantèlement» du modèle québécois. Il s'agit seulement de limiter à 1,8% (cette année) et 0,7% (2015-2016) la croissance des dépenses du gouvernement, après une décennie où ces dépenses ont augmenté deux fois et demie plus vite que l'inflation.

Par ailleurs, rappelons que les trois principales formations politiques prévoyaient, dans leur programme électoral, le retour rapide à l'équilibre budgétaire (2015-2016 pour le PQ et le PLQ et 2014-2015 pour la CAQ). Ces trois partis ont recueilli 90% des votes.

Il est vrai que les libéraux n'ont pas fait de cet objectif, encore moins des décisions difficiles qu'il implique, l'élément central de leur campagne. Beaucoup de Québécois croyaient sans doute que le déficit zéro pourrait être atteint sans que ça les touche, eux. Certains se retrouveront dans la rue avec les militants syndicaux pour scander «On n'a pas voté pour ça!».

Le premier ministre, Philippe Couillard, pourrait tuer dans l'oeuf la mobilisation en donnant la parole à la majorité silencieuse, les Québécois pour qui les casseroles servent à faire la cuisine. Il s'agirait de tenir dès cet hiver un référendum sur le plan de redressement des finances publiques mis en oeuvre par le gouvernement.

En Irlande, il y a deux ans, le gouvernement a soumis à la population l'assainissement fiscal imposé par l'Union européenne. À l'issue d'un débat portant en grande partie sur le bien-fondé de l'austérité, les Irlandais ont voté à 60% pour le pacte fiscal européen. Si le gouvernement Couillard obtenait un appui aussi fort à sa politique, les manifestants ne pourraient plus prétendre représenter la majorité.

Afin de maximiser la crédibilité de la démarche, les libéraux devraient chercher à s'entendre avec le PQ et la CAQ sur la date du référendum et sur le libellé de la question. Si l'opposition refuse de coopérer, on saura qu'elle accorde plus d'importance à ses intérêts partisans qu'à l'assainissement des finances publiques.

La tenue d'un référendum sur la politique budgétaire du gouvernement libéral comporte bien sûr des risques politiques pour le parti au pouvoir. Les libéraux préfèreront laisser passer le temps, en espérant que les manifestations n'atteindront pas l'ampleur de celles de 2012. À nos yeux, ce pari est plus périlleux que ne le serait une consultation populaire.

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