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Se serrer la ceinture, ce n'est pas la... (Photo Yan Doublet, Le Soleil)

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Se serrer la ceinture, ce n'est pas la même chose que mourir de faim.

Photo Yan Doublet, Le Soleil

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Samedi, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer les politiques d'«austérité» mises en place par le gouvernement Couillard. Si l'on en croit les opposants à l'approche du gouvernement, les libéraux sont à «détruire l'État social au Québec» (Jacques Létourneau, président de la CSN). Christian Nadeau, professeur de philosophie à l'Université de Montréal, dénonce «l'abandon des plus démunis, les hiérarchies artificielles, la destruction de la culture et de l'éducation, le machisme institutionnel, la mise sous tutelle de la démocratie et la corruption.»

On peut être pour ou contre le choix du gouvernement d'effacer le déficit budgétaire dès l'an prochain. Chaque camp est en mesure d'avancer des arguments valables. Cependant, il serait préférable que tous se basent sur les faits, pas sur des caricatures apocalyptiques.

Le gouvernement Couillard ne prévoit pas réduire les dépenses de l'État; il souhaite en freiner l'augmentation pour une période de deux ans. Ce n'est pas de l'austérité, mais de la sobriété. Les deux plus gros postes budgétaires du gouvernement du Québec, la Santé (+3%) et l'Éducation (+1,2%) poursuivent leur croissance cette année. C'est également le cas du budget du ministère de la Famille (+3%). Il est vrai que les «coûts de système» augmentent davantage; il faudra donc faire des choix douloureux.

Lorsque Jean Charest était devenu premier ministre, en 2003, on avait aussi sonné le glas de l'État providence. Or, que reste-t-il de l'État québécois après une décennie de «réingénierie» ? Entre 2002-2003 et 2013-2014, les dépenses de programme du gouvernement ont augmenté de 54%, deux fois plus que l'inflation. Aujourd'hui, Québec dépense 7911$ par habitant, 2289$ de plus qu'il y a 10 ans.

Les effectifs de la fonction publique ont diminué, mais on est loin de l'hécatombe: de 66 913, on est passé à 65 329 fonctionnaires, une baisse de 2,4%*. Par contre, les effectifs des réseaux de la santé et de l'éducation sont plus importants qu'ils ne l'étaient. Par exemple, le Québec compte 800 médecins omnipraticiens et 1400 spécialistes de plus qu'en 2003. Les commissions scolaires et les cégeps emploient 8600 personnes* de plus qu'il y a 10 ans.

Autrement dit, malgré les efforts de contrôle des dépenses et des effectifs faits par le gouvernement du Québec, le secteur public occupe une place aussi importante aujourd'hui qu'hier.

Faut-il rétablir d'urgence l'équilibre entre les revenus et les dépenses, comme le pensent les libéraux? Si Québec enregistre un déficit année après année, sa dette va continuer de s'alourdir. Est-ce grave? Tenons le débat. Toutefois, la discussion serait plus sereine si on cessait de prétendre que la survie même du modèle québécois est en jeu.

Rappelons que selon le plan budgétaire présenté en juin dernier, au cours des quatre prochaines années, les dépenses du gouvernement du Québec augmenteront de 6 milliards. Comme quoi se serrer la ceinture, ce n'est pas du tout la même chose que mourir de faim.

*En équivalents temps complet.

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