Pas de péage, pas de peinture

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André Pratte
La Presse

Selon le maire de Québec, Régis Labeaume, en refusant de repeindre le majestueux pont de Québec, le Canadien National montre «le visage le plus laid du capitalisme». Les politiciens provinciaux et fédéraux ont joint leurs voix à celle de M. Labeaume. Décidément, nos élus excellent dans l'art de fuir leurs responsabilités et de trouver un bouc émissaire.

Le CN a hérité de la propriété du pont en 1993, le gouvernement fédéral n'en voulant plus. En 1997, une entente a été conclue entre le CN, Québec et Ottawa. Un montant de 60 millions devait être consacré à la réparation et à la peinture du pont. La part du CN était établie à 36 millions. L'accord disait clairement que «le programme [d'entretien] se limite à un montant de 60 millions». La somme a été épuisée en 2005, alors que seulement 40% de l'ouvrage avait été repeint. Ottawa a traîné la compagnie devant les tribunaux pour la forcer à terminer les travaux. La Cour supérieure vient de donner raison au CN.

Un peu partout dans le monde, les propriétaires de vieux ponts d'acier ont cessé de les repeindre au complet à intervalles réguliers. Non seulement de tels travaux sont devenus extrêmement coûteux, mais encore ils n'assurent pas une protection efficace contre la corrosion. Pour assurer la viabilité de la structure, il vaut mieux protéger les parties plus exposées aux produits corrosifs et remplacer les aciers endommagés. C'est ce que fait le CN depuis plusieurs années.

La seule utilité d'une peinture complète du pont serait esthétique. Il faut ajouter qu'aujourd'hui, le pont sert surtout à la circulation automobile. Seulement quatre trains du CN l'empruntent quotidiennement.

M. Labeaume estime que l'entreprise, qui «engrange des milliards», a l'«obligation morale ou civique» de repeindre le pont. Oui, le CN est une compagnie très profitable. Elle l'est parce qu'elle est bien gérée. S'engager à dépenser au moins 200 millions sur 10 ou 15 ans pour un travail inutile irait à l'encontre des principes de la saine gestion.

De plus, un précédent serait créé. Si le CN accepte de payer une cure de rajeunissement au pont de Québec, on exigera qu'il fasse de même pour le pont Victoria, qui lors de son ouverture en 1859, était lui aussi qualifié de «8e merveille du monde». Or, le CN est propriétaire de milliers de ponts au Canada et aux États-Unis, dont une quinzaine sont d'une longueur comparable ou supérieure à celle du pont de Québec.

Nos politiciens sont convaincus que repeindre le pont de Québec est une nécessité? Qu'ils en convainquent les contribuables et assument les coûts. Certains ont suggéré qu'un péage soit imposé aux 35 000 automobilistes qui empruntent le pont chaque jour. C'est une excellente idée.

Lorsque la première voie carrossable a été aménagée sur le pont de Québec, en 1929, un péage de 50 cents - un tarif considérable à l'époque - était exigé. Aujourd'hui, un péage d'à peine 1$ ou 2$ permettrait d'amasser plusieurs millions par année. Bien assez pour remettre les peintres à l'ouvrage.

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