Le comptable et l'économiste

Michel Samson, le Vérificateur général par intérim.... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Michel Samson, le Vérificateur général par intérim.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

André Pratte
La Presse

Le Vérificateur général par intérim (VG), Michel Samson, s'est retrouvé au coeur d'une querelle politique la semaine dernière. À la suite de la publication de son évaluation de la situation budgétaire de la province, le Parti québécois a exprimé des doutes sur l'impartialité de M. Samson. «Le VG vient de faire la job commandée par les libéraux», a dit le chef de l'opposition officielle, Stéphane Bédard.

Cette attaque contre le Vérificateur général, un fait rarissime, devrait servir d'avertissement à ceux qui songent à élargir son champ d'action. Le gouvernement Couillard a annoncé le dépôt d'un projet de loi chargeant le Vérificateur général de faire le point sur les finances publiques avant chaque élection. C'est une mauvaise idée.

Bien sûr, les documents budgétaires, notamment les prévisions des dépenses et des revenus, doivent faire l'objet d'une analyse approfondie et indépendante. Toutefois, ce n'est pas au VG qu'on devrait confier cette tâche, mais à un directeur parlementaire du budget, tel celui qui oeuvre à Ottawa depuis 2006.

Cet officier de l'Assemblée nationale serait responsable de décortiquer le budget déposé chaque année par le gouvernement. Les prévisions de croissance économique sont-elles trop optimistes? Le délai prévu pour le retour à l'équilibre budgétaire est-il réaliste? Le directeur parlementaire du budget pourrait aussi se pencher sur les coûts projetés de certaines mesures. Il aurait pu estimer le coût de l'assurance autonomie proposée par le gouvernement Marois. Il pourrait analyser l'impact sur l'économie des compressions annoncées la semaine dernière par le ministre des Finances.

Le travail de cette nouvelle institution serait essentiellement tourné vers l'avenir, tandis que le Vérificateur général s'intéresse surtout au passé. L'approche de la première est celle d'un économiste, la perspective du second est celle d'un comptable. Chacun son métier.

Depuis la crise de 2008-2009, les parlements de plusieurs États se sont dotés d'une institution de ce genre. On pense au Royaume-Uni, à l'Australie, à la France et à l'Ontario, entre autres. Cette évolution est encouragée par le FMI et l'OCDE.

Au Québec comme ailleurs, chaque fois qu'un projet gouvernemental coûte plus cher qu'annoncé, chaque fois que les prévisions budgétaires se révèlent erronées, le désabusement de la population grimpe de quelques crans. La grogne a atteint un tel niveau que toute mesure susceptible de redonner confiance aux électeurs devrait être la bienvenue.

Le gouvernement libéral s'oppose à la création d'un tel poste, prétextant qu'en période de restrictions budgétaires, il serait inopportun de mettre en place une nouvelle structure. Or, l'expérience au niveau fédéral et dans d'autres pays prouve que même disposant de moyens modestes, un directeur du budget peut jouer un rôle très utile. Le prétexte des libéraux ne tient pas. En fait, le Québec n'a pas les moyens de se priver d'une telle institution.




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