Chat échaudé...

Il ne s'agit pas d'écarter le SLR, mais... (Image fournie par le MTQ)

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Il ne s'agit pas d'écarter le SLR, mais de faire les choses correctement.

Image fournie par le MTQ

André Pratte
La Presse

Une étude préparatoire dont notre collègue François Cardinal a obtenu copie conclut que seul un Système léger sur rail (SLR) sera en mesure de satisfaire la demande de transport collectif sur le nouveau pont Champlain. Réalisée pour l'AMT par la firme de génie-conseil Aecom, l'étude montre aussi qu'un système d'autobus amélioré, en plus d'avoir une capacité insuffisante, coûterait beaucoup plus cher qu'on le pensait.

Ces conclusions ont de quoi réjouir les nombreux partisans du SLR parmi les maires de la région et à l'AMT. Cependant, les erreurs commises dans le passé devraient inciter tout le monde à la prudence. Il ne s'agit pas d'écarter le SLR, qui est certainement un mode de transport plus séduisant que l'autobus; il s'agit de faire les choses correctement.

Selon l'analyse d'Aecom, la hausse de l'achalandage pousserait rapidement tout système de bus à sa capacité maximale. De plus, il faudrait construire au centre-ville un terminus supplémentaire. Enfin, le nombre d'autobus arrivant à Montréal le matin doublerait; Aecom parle d'un «mur d'autobus».

À l'opposé, le SLR «possède des performances (vitesse, capacité, intervalle minimal, confort, fiabilité, etc.) parfaitement adaptées à l'envergure de la demande de transport en commun du corridor à l'étude.» Nous ne demandons qu'à croire... mais chat échaudé craint l'eau froide.

D'abord, l'enthousiasme des auteurs pour le SLR est suspect. Se peut-il que, comme cela arrive, les consultants aient dit à l'AMT ce qu'elle voulait entendre?

Ensuite, il y a des questions auxquelles l'étude préparatoire ne répond pas de manière satisfaisante. Par exemple, on estime que pour 75% des usagers, l'implantation d'un train entraînera une correspondance supplémentaire. Il y a un risque que cela convainque bon nombre d'usagers de prendre leur voiture pour traverser le fleuve. La question n'est pas sérieusement analysée.

Surtout, il y a le problème des coûts. Un SLR, selon le tracé choisi, coûterait entre 1,5 milliard et 2,1 milliards. Le rapport souligne que «l'estimation des coûts comporte une marge d'imprécision importante». Est-il besoin de rappeler l'explosion de la facture ayant marqué les projets de métro à Laval et du train de l'Est? Compte tenu de ces incertitudes, le gouvernement du Québec doit commander des études supplémentaires.

Le gouvernement fédéral, qui pilote le projet du nouveau pont Champlain, a demandé à Québec de lui fournir dès le mois prochain les spécifications techniques pour les voies qui seront réservées au transport collectif. Cela signifie-t-il que le gouvernement provincial devra dès lors avoir fait son choix entre le bus et le train? Aecom semble dire que oui, mais ce n'est pas certain.

L'avenue la plus prudente serait de prévoir que, pour une période de transition, les voies en question puissent accueillir les autobus présentement utilisés. Québec se donnerait ainsi le temps de faire, avec rigueur, un choix entre un service rapide par bus et un SLR.

Au moment de la rédaction de l'étude d'Aecom, Ottawa prévoyait l'ouverture du nouveau pont en 2021. Les ingénieurs estimaient que cela soumettait l'implantation d'un SLR à des «délais serrés». Or, depuis, la date cible a été devancée à 2018. Il serait à notre avis très imprudent de chercher à réaliser un projet aussi complexe en aussi peu de temps.




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