Le fossé

Les jeunes ont délaissé la souveraineté et le... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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Les jeunes ont délaissé la souveraineté et le PQ. Pourquoi?

Photo Robert Skinner, archives La Presse

André Pratte
La Presse

L'Olivier de l'année a été remis dimanche soir à Sugar Sammy. C'est la deuxième fois de suite que le public choisit Samir Khullar, cet humoriste qui ne craint pas de se moquer des indépendantistes et de présenter un spectacle bilingue. La popularité de Sammy témoigne des changements profonds qui se sont produits au Québec au cours des dernières années.

On a une autre preuve de cette évolution dans l'opinion qu'expriment les jeunes Québécois sur la question nationale. Un sondage réalisé par Léger Marketing, publié dans Le Devoir samedi dernier, confirme que les jeunes ont délaissé la souveraineté et le PQ. Selon les chiffres que Léger nous a aimablement fait parvenir, s'il y avait un référendum sur la souveraineté aujourd'hui, 34% des Québécois de 18 à 24 ans voteraient Oui et 53% voteraient Non. Dans le groupe d'âge 25-34 ans, le Oui obtient 30% d'appuis, le Non 55%. Chez les Québécois de moins de 35 ans, le Parti québécois se classe 4e, derrière la Coalition avenir Québec, le Parti libéral et Québec solidaire.

Interrogé hier matin par Marie-France Bazzo, à la radio de Radio-Canada, Jean-François Lisée n'a pas cherché à minimiser le problème. Il a souligné que le gouvernement Marois a multiplié les mesures destinées à séduire les jeunes (abolition de la hausse des droits de scolarité, présence de jeunes candidats, politiques favorables aux jeunes parents...). «Au-delà des mesures ou des actions, il y a comme une attitude du Parti québécois qui ne colle pas avec les valeurs de la jeunesse de 2014», constate M. Lisée.

Comment ce fossé s'est-il creusé? Le député de Rosemont admet qu'il n'a pour l'instant que «des questions». Comme M. Lisée, nous en sommes aux hypothèses.

Le projet d'indépendance est né du désir des Québécois francophones de mettre un terme à la discrimination dont ils étaient victimes, dans leur propre province et ailleurs au pays. Les jeunes Québécois d'aujourd'hui ne se sentent pas opprimés. Ils ne voient pas de porte qui leur soit fermée en raison de leur langue maternelle.

Dans les années 60 et 70, l'indépendance était vue comme le seul moyen d'assurer la survie du français. L'anglais était la langue de la classe dominante, une menace. Les jeunes Québécois francophones voient plutôt l'anglais comme l'outil leur permettant d'être en contact avec la planète et de satisfaire leurs ambitions.

Enfin, le projet de «charte des valeurs», au coeur de la stratégie péquiste, a agacé beaucoup de jeunes Montréalais, qui côtoient la diversité depuis la garderie.

Le mouvement indépendantiste parviendra-t-il à combler ce fossé? Nul ne le sait. Cependant, si les jeunes Québécois ne sont plus majoritairement souverainistes, ils ne se sentent pas fédéralistes ou Canadiens pour autant. Au sujet de l'avenir politique de la province, les jeunes semblent s'être réfugiés dans un no man's land. Il serait étonnant qu'ils y restent pour toujours.




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