Irriter Pékin

Le ministre fédéral du Commerce international, Ed Fast... (Photo Sean Kilpatrick, PC)

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Le ministre fédéral du Commerce international, Ed Fast

Photo Sean Kilpatrick, PC

André Pratte
La Presse

Le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, visitera la Chine dans deux semaines. Nul doute que les dirigeants chinois en profiteront pour manifester leur impatience devant la lenteur du Canada à ratifier l'Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers, accord signé par les deux pays il y a un an et demi.

Les Chinois ont raison d'être irrités. Lors de la signature de l'entente, le premier ministre, Stephen Harper, en avait souligné l'importance : « Cet accord avec la Chine renforcera la protection des Canadiens qui investissent en Chine et contribuera à la création d'emplois et à la croissance économique au Canada.»

 La ratification devait suivre rapidement. Cependant, le processus s'est enrayé. Ottawa invoque une contestation judiciaire lancée par une petite nation autochtone de Colombie-Britannique. Les Hupacasath soutiennent que l'entente ouvrira la voie à des entreprises chinoises pour exploiter les ressources de leurs terres ancestrales. L'été dernier, la Cour fédérale a catégoriquement rejeté cette thèse farfelue.  La cause a été portée en appel. 

 Certains observateurs croient que les démarches de ces 300 Autochtones devant les tribunaux fait l'affaire du gouvernement. Le cabinet Harper serait en effet divisé, certains ministres estimant que l'Accord fait la part trop belle aux Chinois. Devant cette impasse, le premier ministre serait bien content de disposer d'un prétexte pour retarder la ratification.

 Le délai inquiète les investisseurs canadiens et mécontente les Chinois. Ces derniers se demandent si les conservateurs ne renouent avec la méfiance qui caractérisait leur politique à l'égard de la Chine à leur arrivée au pouvoir. À l'époque, le nouveau gouvernement boudait les dirigeants chinois. Les ministres conservateurs ne rataient pas une occasion de dénoncer le dossier de la République populaire en matière de droits de la personne.

Le premier ministre a fini par réaliser la futilité et de la nocivité d'une politique aussi bornée. «Nous voulons faire passer le partenariat économique stratégique Canada-Chine au niveau supérieur», a déclaré M. Harper à Guangzhou, il y a deux ans. 

Quelques mois plus tard, l'achat de la pétrolière canadienne Nexen par la chinoise CNOOC, une transaction mal vue par la base conservatrice, a refroidi les ardeurs du gouvernement. Depuis, souligne le professeur Paul Evans dans un ouvrage récent, «alors que les États-Unis, l'Australie, la Corée, le Japon et d'autres pays intensifient leurs relations éducationnelles, sociétales et gouvernementales avec la Chine, le Canada tire de l'arrière.»*

Le gouvernement Harper doit sans tarder ratifier le texte sur la protection des investissements conclu avec la Chine. De plus, en vue de sa prochaine visite à Pékin, en novembre, le premier ministre devrait mettre au point une politique chinoise clairvoyante et ambitieuse.

* Engaging China, University of Toronto Press.




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