Histoires de peur

Les Québécois n'avaient pas «peur» d'un référendum, ils... (Photo Christinne Muschi, Reuters)

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Les Québécois n'avaient pas «peur» d'un référendum, ils n'en voulaient pas, point.

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André Pratte
La Presse

Depuis lundi, politiciens et commentateurs ont avancé «la peur du référendum» comme principale cause de la défaite cuisante du Parti québécois. Pour Jean-François Lisée, cette crainte est «l'éléphant dans la pièce». L'ancien ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, déplore que les péquistes n'aient pas su contrer l'effet de «l'épouvantail» référendaire agité par leurs adversaires.

Il y a dans ce recours à la peur comme explication des résultats du 7 avril une forme de mépris pour l'électorat. Comme si le vote avait été le fruit d'un réflexe irrationnel, d'une crainte créée de toutes pièces par les formations politiques adverses et que le pauvre peuple avait avalé sans se rendre compte de la supercherie. Avançons une autre hypothèse: les Québécois n'avaient pas «peur» d'un référendum, ils n'en voulaient pas, point. Il n'y a là rien de bête; les citoyens du Québec ont vécu deux campagnes référendaires sur l'indépendance et ils ne veulent pas répéter la traumatisante expérience. Ce n'est pas de la peur, c'est une opposition que le Parti libéral a su exploiter.

Le Parti québécois était bien mal placé pour dénoncer l'utilisation par le PLQ de la peur du référendum. En effet, le projet de Charte des valeurs était conçu expressément pour exploiter la peur des musulmans présente dans certains milieux. Ce n'est pas pour rien que les péquistes insistaient sur la nécessité de lutter contre «les intégristes», thème particulièrement porteur dans des régions où on ne trouve pas de musulmans.

Les indépendantistes mettent souvent leurs échecs sur le dos des soi-disant campagnes de peur orchestrées par le camp fédéraliste. À leurs yeux, lorsque les fédéralistes évoquent les conséquences négatives de la séparation (mot qu'ils ont brillamment expulsé du vocabulaire), ils cherchent à faire peur au monde. Certains vont jusqu'à accuser les Québécois de «lâcheté» parce qu'ils n'adhèrent pas au projet indépendantiste. Pourtant, les craintes des gens à cet égard sont parfaitement légitimes. Les membres de l'élite indépendantiste peuvent sans doute se permettre quelques années de «turbulences»; ce n'est pas le cas pour le commun des mortels.

Parmi les autres facteurs invoqués par les souverainistes pour expliquer la défaite, certains déplorent que le Parti québécois n'ait pas suffisamment parlé des avantages de l'indépendance au cours des dernières années. Pardon? Cela fait plus de 40 ans que la souveraineté est vantée sur tous les tons par le PQ, le Bloc, par des livres, des films et des chansons. Les Québécois ont très bien compris de quoi il s'agit. Et depuis plus de 40 ans, la majorité d'entre eux dit «non».

Les campagnes de peur, l'insuffisante promotion de l'option, autant de thèses qui évitent aux souverainistes d'aborder la question qui tue: l'idée même de la séparation du Québec est-elle toujours pertinente aujourd'hui?

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