L'erreur des électeurs?

En votant majoritairement pour Jack Layton et le... (PHOTO: MIKE CASSESE, REUTERS)

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En votant majoritairement pour Jack Layton et le NPD, rien n'indique que les Québécois ont moins réfléchi cette fois-ci que lors des scrutins précédents.

PHOTO: MIKE CASSESE, REUTERS

André Pratte
La Presse

On n'a pas fini d'analyser la vague orange qui a balayé le Québec lors des élections du 2 mai. Parmi les interprétations mises de l'avant, certaines manifestent un déplorable mépris à l'égard des électeurs. Ainsi, soutient-on, le vote de lundi n'aurait pas été mûrement réfléchi, si bien qu'au lendemain de l'effondrement du Bloc québécois au profit du NPD, les Québécois auraient déjà des remords. Comment expliquer, autrement que par un malheureux coup de tête, que l'électorat québécois n'appuie pas le Bloc comme il l'a fait à chaque élection depuis 1993?

Il est certain que les électeurs ne se sont pas cloîtrés pendant des heures pour lire les programmes des partis, étudier les CV des candidats et peser le pour et le contre des différentes options qui s'offraient à eux. Toutefois, rien n'indique que les Québécois ont moins réfléchi cette fois-ci que lors des scrutins précédents; pourquoi leur choix du 2 mai 2011 serait-il plus irrationnel que celui des élections passées?

Cette attitude fait penser à celle des bloquistes au lendemain du scrutin de 2006, alors qu'ils s'interrogeaient sur «le mystère de Québec». Il leur paraissait inconcevable que les Québécois de cette région laissent tomber le Bloc en faveur du Parti conservateur. On pense aussi à la réaction des péquistes et des libéraux lors des montées de l'ADQ en 2002 et en 2007. Comment les électeurs pouvaient-ils voter pour des candidats sans expérience et pour un programme proposant de rompre avec des politiques datant de la Révolution tranquille?

De la même façon, on s'étonne aujourd'hui que les gens aient pu élire des candidats qui leur étaient inconnus. Or, il n'y a rien là de surprenant. Combien de gens connaissaient leur député fédéral avant le vote du 2 mai? Fort peu. La plupart des électeurs ne croisent leur député qu'une fois tous les quatre ans, lors des campagnes électorales. Le reste du temps, il se fait prendre en photo chaque semaine par le journal local, prononce au parlement des discours écrits par d'autres et vote selon le mot d'ordre donné par le chef. Bref, aux yeux de beaucoup de citoyens, ça ne prend pas la tête à Papineau; un candidat ou un autre, c'est du pareil au même.  

Enfin, certains attribuent la «vague orange» aux médias. Ceux-ci auraient accordé une place excessive et complaisante à la montée du NPD. Les électeurs auraient alors agi en «suiveux», cédant au charme de «Jack», avec sa canne et son cancer. Or, l'engouement pour le NPD a bel et bien commencé sur le terrain. On l'a vu apparaître dans les sondages un peu avant les débats des chefs. Aucun média, aucun commentateur ne l'a prédit ou vu venir.

Au lieu de blâmer les électeurs et les médias, plutôt que de chercher des poux aux nouveaux députés NPD, les perdants de ce scrutin au Québec, conservateurs, bloquistes ou libéraux, devraient admettre que les électeurs ont, sans équivoque, rejeté ce qu'ils leur offraient. En démocratie, les citoyens ont toujours raison.




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