Plus de bébés: grâce à qui?

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André Pratte
La Presse

Depuis six ans, le nombre de naissances est en hausse au Québec. L'an dernier, l'indice de fécondité des Québécoises a atteint le niveau le plus élevé depuis 1976.

Beaucoup de gens, dont le premier ministre Jean Charest, ont conclu que cette reprise de la natalité a pour origine les politiques familiales imaginées par le Parti québécois, politiques dont le gouvernement libéral s'attribue aujourd'hui le mérite. N'est-il pas évident que les garderies à 7$ et le régime d'assurance parentale ont été un puissant incitatif pour les parents québécois?

Non. Il est possible qu'il en soit ainsi, mais on ne peut pas le démontrer. D'autant plus que la natalité a augmenté dans les autres provinces du Canada. De 2000 à 2007, l'indice de fécondité a grimpé de 18% au Québec. C'est la plus forte hausse au pays. Cependant le bond de l'indice de fécondité constaté en Alberta et à Terre-Neuve (+16%) est presque aussi impressionnant. Or, ces deux provinces sont loin d'offrir aux parents une aide aussi généreuse que ne le fait le Québec.

La natalité est aussi en hausse dans d'autres pays depuis l'an 2000, notamment en France, en Suède, au Royaume-Uni, en République Tchèque... Les politiques familiales dans ces pays sont dans certains cas plus libérales, dans d'autres moins que celles du Québec. D'autres facteurs sont par conséquent en jeu. Ainsi, il y a un phénomène que toutes ces régions ont en commun depuis le tournant du millénaire, et dont on sait qu'il agit puissamment sur la décision d'avoir des enfants: une croissance économique soutenue.

Au Québec, avant la présente récession, le nombre de chômeurs était tombé au plus bas niveau depuis des décennies. Quand on a un emploi et ne craint pas de le perdre, on est évidemment plus porté à faire des enfants que pendant une crise économique.

Peut-être s'est-il produit aussi un changement dans les valeurs des Occidentaux, les couples s'adaptant de mieux en mieux à la nouvelle donne familiale provoquée par l'entrée massive des femmes sur le marché du travail.

On le voit, le lien de cause à effet entre les politiques familiales mises en place par l'État et la hausse de la natalité est loin d'être clair. Le 1er janvier 2007, l'Allemagne a lancé un programme de «salaire parental» s'apparentant à nos congés parentaux. À la grande déception du gouvernement Merkel, la mesure n'a eu aucun effet - du moins jusqu'à maintenant - sur le taux de fécondité des Allemandes, qui reste bas à 1,36 enfant par femme.

Il n'est donc pas certain du tout que la hausse du nombre de naissances au Québec s'explique, en tout ou en partie, par la mise en place des régimes de garderies subventionnées et de congés parentaux. Cela ne signifie pas que ces programmes sont inutiles. Simplement, il faut tenir compte de cette incertitude au moment d'évaluer leur bien-fondé, compte tenu de leur coût élevé (plus de 4 milliards par année.) Et il faut prendre avec un grain de sel le pétage de bretelles des politiciens.

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