Holà au risque

André Pratte
La Presse

Michael Sabia a pris de nouvelles mesures pour réduire l'exposition au risque excessif de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). On ne peut que s'en réjouir.

Mardi, le président et chef de la direction a annoncé que la Caisse se retirait du domaine des prêts hypothécaires subordonnés, des investissements évidemment plus risqués que les hypothèques de premier rang. L'étranglement du crédit et l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis ont fait plonger la valeur de ce type de placements, de sorte qu'au cours des six premiers mois de l'année, la Caisse a inscrit pour cette seule catégorie d'actifs une perte non matérialisée de 2,2 milliards.

 

Les résultats semestriels (fragmentaires) publiés par la Caisse révèlent que l'organisation continue de subir les effets de la crise économique et financière qui lui avait fait perdre 40 milliards l'an dernier. Au cours du premier semestre de 2009, la CDPQ a vu la valeur de ses placements dits «moins liquides» baisser de 5,7 milliards, une baisse qui a annulé les gains - fort modestes par ailleurs - obtenus dans les actifs boursiers et à revenus fixes.

Ces pertes «sur papier» ne résultent pas toutes de l'imprudence passée de la Caisse. La baisse de la valeur des immeubles - 1,8 milliard - sera certainement effacée à mesure que l'immobilier commercial américain recouvrera la santé.

Par contre, les pertes de 2,2 milliards dans les prêts hypothécaires subordonnés se concrétiseront en grande partie. Les gestionnaires de ce secteur ont investi alors que le marché était à son plus haut, croyant que les belles années n'auraient pas de fin. Très grave erreur.

La CDPQ a aussi vu la valeur du PCAA qu'elle détient fondre d'un autre 400 millions, en sus des 5,6 milliards déjà effacés. Les placements privés ont été dévalués de 1,3 milliard; à ce sujet, malheureusement, le secret absolu demeure la règle. Comble de malheur, la Caisse ayant dû vendre des actifs boursiers au pire de la crise, elle a moins profité que d'autres de la forte remontée des actions canadiennes survenue depuis le début de l'année.

La culture anti-bas de laine qui s'y était graduellement installée continue donc de coûter très cher à la Caisse. C'est cette frénésie du rendement, cette banalisation du risque que M. Sabia s'affaire à corriger. Si les résultats des six premiers mois de l'année sont décevants, l'orientation choisie et les décisions prises jusqu'à maintenant sont rassurantes. Elles ont en tout cas rassuré Standard & Poors, qui vient de confirmer la cote de crédit AAA de la Caisse. L'agence s'est notamment réjouie du fait que le gouvernement «a clairement manifesté sa volonté de préserver l'indépendance de la Caisse», un commentaire que nos politiciens devraient garder à l'esprit.

L'effort de transparence consenti cette semaine par l'équipe Sabia est louable. Il faudra voir si cette ouverture (très relative) se maintient; il est plus facile d'être transparent pour les erreurs de ces prédécesseurs que pour les siennes.

 

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