Une question de feeling?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

André Pratte
La Presse

Le grand parolier Luc Plamondon a reçu la semaine dernière la Médaille d'honneur de l'Assemblée nationale du Québec, un hommage pleinement mérité, il va sans dire. À cette occasion, M. Plamondon y est allé de propos étonnants sur l'état du français au Québec. Ainsi, selon lui, «la langue française dégringole un peu»: «La langue française, ici, est en danger tous les jours, de plus en plus.»

Nous partageons le souci du célèbre auteur pour la vigueur du français au Québec. Cependant, le portrait qu'il dépeint de la situation est caricatural. Bien sûr, la langue anglaise continue d'exercer ici un fort attrait, en particulier parmi les immigrés. La vigilance à cet égard est et sera toujours de mise.

 

Cela dit, au-delà des anecdotes il y a les faits. Les études de Statistique Canada et de l'Office québécois de la langue française infirment la thèse du recul du français par rapport à l'anglais. Depuis 15 ans, la proportion de personnes de langue maternelle française dans la région métropolitaine de Montréal est passée de 68% à 66%, un léger fléchissement c'est vrai, mais un fléchissement qui ne s'est pas fait au bénéfice de la communauté anglophone (14% à 13%). C'est le poids des allophones qui a augmenté (18% à 22%), ce qui était inévitable compte tenu de la dénatalité et de la forte immigration qui ont caractérisé cette période.

Selon Luc Plamondon, le gouvernement du Québec devrait faire davantage pour «promouvoir le français» auprès des immigrés. C'est vrai. Cependant, il faut reconnaître que les efforts déjà consentis ont porté fruit: entre 1991 et 2006, la proportion de Québécois allophones capables de parler français a grimpé de 69% à 75%. La situation de la langue au Québec n'est pas seulement «une question de feeling»; il faut s'appuyer sur des données fiables.

Le récipiendaire de la Médaille d'honneur a aussi observé que les jeunes Québécois sont trop souvent tentés par le «franglais». Encore là, nous partageons l'inquiétude de M. Plamondon bien qu'elle nous paraisse un peu paradoxale venant de l'auteur de Le monde est stone, Coeur de rocker et Tiens-toé ben j'arrive!. En ce qui a trait à la qualité de la langue, il faut se garder de faire preuve d'une nostalgie mal fondée. S'il est triste que le français de beaucoup de jeunes d'ici soit parsemé de mots anglais et même, qu'ils échangent parfois en anglais entre eux, il faut se rappeler qu'à une époque pas si lointaine, les Québécois francophones multipliaient les «muffler», «bumper» et autres «wiper».

M. Plamondon s'en est pris aux politiciens qui restent «les bras croisés» devant la menace qui pèse sur le français. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a loué son «courage». L'auteur des extraordinaires Starmania et Notre-Dame-de-Paris aurait fait preuve de plus de courage encore s'il avait invité les gens de son milieu à être des modèles pour ce qui est de la qualité de la langue. Car tous preux défenseurs de la langue française dans leur discours, nombre d'entre eux n'ont aucun scrupule à laisser tomber des énormités du genre: «Ça l'a pas de sens» et «C'était un hostie de bon show.»

 




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer