Intégration, mode d'emploi

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« Le récent dépôt des lignes directrices pour encadrer les accommodements religieux a donné lieu à une énième séance de crêpage de chignon », souligne Alexandre Sirois.

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Il a bien raison, Gabriel-Nadeau Dubois : les Québécois viennent encore d'être forcés d'assister, bien malgré eux, à une « mauvaise pièce de théâtre d'été ».

Le récent dépôt des lignes directrices pour encadrer les accommodements religieux a donné lieu à une énième séance de crêpage de chignon. Elle a été aussi stérile que celles qui l'ont précédée, ces dernières années, concernant l'intégration des immigrants.

Les débats sur les accommodements sont légitimes, bien sûr. Mais ils n'ont pas besoin d'occuper toute la place, en tout temps. Imaginez si on canalisait plutôt une partie de ces énergies vers des initiatives visant à favoriser l'intégration et la francisation des immigrants. En ciblant tout particulièrement l'enjeu de l'accès au marché de l'emploi, fondamental tant pour les nouveaux arrivants que pour la société qui les accueille.

Imaginez si on rivalisait d'ingéniosité et d'audace pour faire mieux dans ce domaine. Et, parallèlement, pour lutter contre la discrimination et l'exclusion.

C'est facile à dire, facile à écrire, ça semble tout simple. Mais c'est un défi de taille, bien sûr. Pour y parvenir, on a besoin d'un projet de société qui mobilise tous les acteurs concernés. Car il n'y a pas que les parlementaires qui devront faire mieux.

Les progrès ne sont pas assez substantiels parce que de nombreux acteurs incontournables se renvoient la balle. Notamment les employeurs, le milieu de l'éducation et les ordres professionnels.

***

On peut se féliciter du fait que le manque criant de main-d'oeuvre au Québec ces jours-ci est en train de confondre ceux qui réclament une baisse de l'immigration ou qui mettent en doute l'importance de la contribution des immigrants à l'économie. Leur apport est essentiel. Il est encore plus difficile, désormais, de le nier.

D'autant plus que si la tendance se maintient, le problème va s'intensifier au cours des prochaines années. Le vieillissement de la population et, donc, la chute en cours de la population d'âge actif vont se poursuivre. L'immigration est importante. Incontestablement.

Nécessité fait loi. La pénurie de main-d'oeuvre, parallèlement à certains efforts déployés par Québec, a mené à des progrès depuis quelques années. Le portrait n'est plus aussi sombre. Ainsi, l'an dernier au Québec, le taux de chômage pour la population immigrée était de 8,7 %. Il est toujours supérieur à celui des personnes nées ici (6,1 % en 2017 pour l'ensemble de la population). Mais au moins, il a reculé. Car à titre de comparaison, il y a cinq ans, le taux de chômage chez les immigrants était de 11,3 %.

Mais les problèmes ne sont pas réglés pour autant. Un des plus criants, c'est que le parcours des nouveaux arrivants pour faire reconnaître leurs compétences s'apparente encore trop souvent à une course à obstacles.

Chaque année, les vérifications (et l'examen des plaintes) du Commissaire à l'admission aux professions le prouvent hors de tout doute. On a beau avoir fréquemment déploré les errements des ordres professionnels, la démarche d'admission demeure déficiente au Québec. Et ils ne sont pas les seuls à montrer du doigt pour les problèmes de cohérence et l'iniquité qui persistent.

Mais s'il est important d'agir en amont, il est également crucial d'être plus efficace en aval. D'aider les employeurs à attirer les immigrants dont ils ont besoin, pour ensuite les aider en matière d'intégration.

Le dernier congrès de l'ACFAS en a fait la preuve deux fois plutôt qu'une. Une recherche menée par des professeures de l'Université du Québec à Rimouski (Catherine Beaudry et Mélanie Gagnon, ainsi que l'étudiante Andrée-Anne Deschênes) a mené à un constat troublant. En région, même dans les secteurs où la main-d'oeuvre est rare, les employeurs « ne perçoivent pas davantage les personnes immigrantes récentes comme un atout pour faire face à ce problème ».

Un professeur de HEC Montréal (Sébastien Arcand) a pour sa part démontré que l'intégration demeure un défi. Il faut « tisser davantage de liens directs entre les employeurs et les immigrants », a-t-il expliqué dans nos pages, après avoir démontré que les entreprises ne doivent pas minimiser les différences, mais plutôt adapter leurs pratiques avec doigté.

***

La plupart des solutions énumérées jusqu'ici ne sont pas nouvelles. Le mode d'emploi est connu. Il est plus complexe que celui d'un meuble IKEA, bien sûr. Mais ce n'est pas dramatique, car le Québec est une nation de bâtisseurs. Et que la société québécoise, incontestablement, est à la hauteur du défi.

Permettez-nous toutefois de revenir, en terminant, sur le comportement de nos élus. Certains semblent oublier qu'on ne favorise pas l'intégration - y compris celle au milieu du travail - en laissant entendre que l'immigration menace notre langue et nos valeurs.

Ces politiciens auraient tout avantage à faire preuve d'un peu plus d'introspection. Leur rôle ne devrait-il pas plutôt être, en priorité, de mobiliser l'ensemble des acteurs concernés et de continuer à faire changer les mentalités ?

Taux de chômage au Québec - Ensemble de la population immigrée

2011 12,4 %

2012 11,3 %

2013 11,3 %

2014 11,1 %

2015 10,7 %

2016 9,8 %

2017 8,7 %

Source: Statistique Canada, Enquête sur la population active




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