Qu'il cesse de rire dans sa barbe

L'ayatollah iranien Ali Khamenei est devenu le «guide... (Photo Agence France-Presse)

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L'ayatollah iranien Ali Khamenei est devenu le «guide suprême iranien» en 1989, il y a près de 30 ans. Il est l'homme le plus puissant du régime. C'est lui qui a mis les aspirations des Iraniens sous une chape de plomb, écrit notre éditorialiste.

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Quelle supercherie!

Le tout-puissant ayatollah iranien Ali Khamenei vient de s'exprimer sur le soulèvement en cours dans ce pays de 80 millions d'habitants. Les responsables, dit-il, sont «les ennemis de l'Iran».

Ces ennemis, a-t-il soutenu, se seraient « unis en utilisant leurs moyens, leur argent, leurs armes [...] et leurs services de sécurité pour créer des problèmes au régime islamique ».

Ce discours est celui d'un charlatan.

Mais il ne nous étonne malheureusement pas. Car si l'ayatollah Khamenei avait voulu identifier le véritable ennemi du peuple iranien, il aurait dû faire un geste aussi courageux qu'inédit: se regarder dans un miroir.

Il est devenu le «guide suprême iranien» en 1989, il y a près de 30 ans. Il est l'homme le plus puissant du régime. C'est lui qui a mis les aspirations des Iraniens sous une chape de plomb.

Il faut reconnaître qu'il a été particulièrement habile. Pendant toutes ces années, il a manipulé avec aisance tant son propre peuple que l'opinion publique à l'étranger. Un des secrets de son succès: lorsque les tensions sont à son comble, il fait semblant de jeter du lest.

L'ayatollah Khamenei a notamment utilisé cette tactique en 1997, autorisant la candidature d'un religieux modéré, Mohammad Khatami, à la présidence. Celui-ci était pressenti par certains comme un réformiste qui pouvait faire souffler un vent de changement sur le pays. En vain. Les espoirs ont été déçus.

Le scénario s'est répété il y a quelques années.

L'ayatollah Khamenei a manoeuvré, en 2013, pour qu'un candidat jugé plus modéré soit élu à la présidence du pays: Hassan Rohani, qui est toujours en poste actuellement. Mais c'était de la poudre aux yeux. Rien n'a changé.

Ce n'est pas étonnant. Car le pouvoir est toujours demeuré entre les mains du guide suprême. Pendant toutes ces années, il a pu rire dans sa barbe. Mais cette supercherie a assez duré.

C'est ce qu'expriment les Iraniens qui manifestent dans les rues de plusieurs villes du pays depuis la semaine dernière. Ce ne sont pas des agitateurs. Ils sont à la fois courageux et lucides. Ils ont compris pourquoi ils sont dans un cul-de-sac. Leurs problèmes économiques et politiques sont des frères jumeaux. Le régime, liberticide et corrompu, en est la cause.

L'ayatollah Khamenei n'est pas différent de la plupart des tyrans. Sa soif de pouvoir passe avant le sort de son peuple. C'est la raison pour laquelle les Iraniens souffrent. 

Et c'est aussi la raison pour laquelle il ne faut pas sous-estimer la violence avec laquelle il peut décider de tuer le soulèvement actuel dans l'oeuf. Il l'avait d'ailleurs fait en 2009. Avec succès.

D'où l'importance pour les démocraties occidentales de se positionner clairement du côté du peuple iranien. Et de dénoncer fermement la brutalité du régime. Jusqu'ici, dans l'ensemble, elles ne l'ont malheureusement pas encore fait de façon assez catégorique.

Donald Trump, lui, n'a bien sûr pas fait preuve d'une telle retenue. Sur Twitter, il s'est félicité de voir les Iraniens protester contre un régime «brutal et corrompu». Il a aussi affirmé que «le temps du changement» est venu dans ce pays. Impossible, à ce sujet, de lui donner tort. L'attitude du président américain dans ce dossier international est - pour une fois - la bonne.




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