Lutte contre l'EI; a-t-on raison de célébrer?

Le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a félicité... (PHOTO AFP)

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Le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a félicité «les combattants héroïques» des forces irakiennes qui ont mené la charge. En étroite collaboration avec les États-Unis et leurs alliés (dont le Canada).

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Le groupe État islamique, qui sème la terreur depuis plusieurs années, n'est donc pas invincible.

On le savait, bien sûr, même si les retentissantes attaques terroristes menées en son nom nous donnaient l'impression qu'il s'agissait d'un monstre aussi redoutable qu'insaisissable.

Mais ce n'est pas le cas. L'issue de la bataille de Mossoul vient nous le rappeler et le confirmer hors de tout doute. Cet empire du mal a été mis hors d'état de nuire dans cette métropole qui est, rappelons-le, la deuxième ville d'Irak.

Il est d'autant plus important de le proclamer haut et fort que cet échec vient réduire encore un peu plus la taille du territoire sur lequel règne le groupe État islamique. S'il n'est pas en déroute, il a perdu au fil des mois de larges zones qu'il contrôlait en Irak et en Syrie.

Le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a annoncé dimanche la «libération de la ville». Il a félicité «les combattants héroïques» des forces irakiennes qui ont mené la charge. En étroite collaboration avec les États-Unis et leurs alliés (dont le Canada).

Mais le premier ministre irakien, les États-Unis et leurs alliés sont-ils maintenant prêts à mettre les efforts nécessaires pour bâtir une paix durable? Ça, c'est moins clair.

Depuis des années, tous les experts de la région parlent de la nécessité de mettre de l'avant un véritable processus de réconciliation nationale en Irak.

La colère des sunnites, marginalisés par les chiites depuis la chute de Saddam Hussein, ne s'est pas apaisée. Et on ne parle même pas des Kurdes qui, eux, continuent à réclamer plus d'autonomie.

Les divisions entre chiites et sunnites aident d'ailleurs à comprendre pourquoi Mossoul a été pris si facilement, en 2014, par les djihadistes du groupe État islamique. «Presque tous» les habitants (sunnites) de la ville «ont accompagné la fuite des forces de sécurité irakiennes (chiites) en leur envoyant des cailloux», avait écrit le journaliste français Nicolas Hénin un an plus tard.

Or, les problèmes fondamentaux ayant permis au groupe État islamique de s'emparer de Mossoul et de se répandre tel un virus en Irak n'ont pas été résolus. Dans ces circonstances, on voit mal comment le pays pourrait, à court terme, se refaire une santé.

D'ailleurs, les relations entre chiites et sunnites dans la région, à l'extérieur de l'Irak, ne vont guère mieux. Les uns sont menés par un Iran décomplexé, en partie dirigé par des élites religieuses hostiles. Les autres sont regroupés derrière l'Arabie Saoudite, une pétromonarchie fondamentaliste, dont les ambitions sont dopées par le fait qu'elle vient de recevoir la bénédiction de Donald Trump.

En prenant clairement position pour ce pays, avec qui son pays brasse de grosses affaires, le président américain a jeté de l'huile sur le feu alors qu'il devrait plutôt tenter de l'éteindre. Mais s'en rend-il seulement compte?

Bien sûr, la lutte contre le groupe État islamique se poursuivra. C'est nécessaire. Et d'autres victoires seront proclamées. C'est essentiel. Mais il est malheureusement difficile d'envisager l'avenir immédiat de l'Irak en étant à la fois lucide et... optimiste.




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