L'Autriche, Gertrude et Trump

Des passants déambulent devant une affiche de Norbert... (PHOTO RONALD ZAK, ASSOCIATED PRESS)

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Des passants déambulent devant une affiche de Norbert Hofer, politicien d'extrême droite qui briguait la présidence autrichienne au nom du Parti de la liberté.

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« Est-ce l'effet Gertrude ? », s'est demandé le quotidien Le Figaro à la suite de la défaite de l'extrême droite en Autriche.

Le député européen Gilles Lebreton (du Front national) a été, pour sa part, catégorique. « La diabolisation médiatique de mamy Gertrude a vaincu notre allié », a-t-il écrit, avec mépris, sur Twitter.

L'« allié » dont il parle, c'est Norbert Hofer. Ce politicien d'extrême droite briguait la présidence autrichienne au nom du Parti de la liberté, le FPÖ, fondé en 1956 par d'anciens nazis.

Gertrude, elle, est une retraitée autrichienne qui a dénoncé Norbert Hofer à la fin du mois de novembre dans une vidéo devenue virale.

Cette dame de 89 ans est une survivante de la Shoah. Sa sortie publique a été remarquée parce qu'elle a affirmé que le candidat d'extrême droite tentait « de faire remonter à la surface [...] les plus bas instincts chez les gens ». Ce qui lui rappelait de très, très mauvais souvenirs puisque ça s'était « déjà produit » en Autriche.

Gertrude, dont le nom de famille n'a pas été révélé par crainte de représailles, a elle-même a été déportée au camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz avec ses parents et ses frères.

Impossible, bien sûr, de mesurer avec précision l'impact de Gertrude sur le scrutin autrichien. Mais il faut certainement tirer une leçon du rôle qu'elle a joué dans la campagne.

Les candidats d'extrême droite d'aujourd'hui ont compris qu'ils doivent absolument adoucir leur image et édulcorer leur message. En somme, cacher leur jeu. Il est donc primordial, comme l'a fait la retraitée autrichienne, d'appeler un chat un chat.

Une autre leçon qu'on semble pouvoir tirer du scrutin autrichien, c'est que la victoire de Donald Trump n'est pas nécessairement un gage de succès pour les politiciens populistes et intolérants qui cassent du sucre sur le dos des minorités et de ceux qu'ils qualifient d'« élites ».

Les ténors du Parti de la liberté de Norbert Hofer estimaient que les Autrichiens seraient moins gênés de voter pour leur candidat en raison du résultat de la course à la Maison-Blanche.

En France, Marine Le Pen a semblé faire un pari similaire. À la suite du triomphe de Donald Trump, elle a affirmé que le vote des Américains, tout comme celui des Britanniques pour sortir de l'Union européenne, étaient « des choix démocratiques qui enterrent le monde ancien ».

Pas si vite ! C'est ce que viennent en quelque sorte de lui répondre les Autrichiens. Un plus grand nombre d'entre eux (53,3 %) se sont mobilisés pour voter pour le rival de Norbert Hofer, Alexander Van der Bellen. Donald Trump a possiblement été un épouvantail plus qu'une source d'inspiration.

De là à dire que les percées de l'extrême droite en Europe sont terminées, il y a un pas qu'il faut absolument se garder de franchir. La défaite de Norbert Hofer n'a d'ailleurs pas été un revers cuisant. Par ailleurs, Marine Le Pen se réjouissait hier de l'échec du référendum constitutionnel en Italie. Une preuve, selon elle, que les Italiens ont « désavoué » l'Union européenne.

Les populistes ont toujours le vent en poupe. L'extrême droite nous réserve encore peut-être, malheureusement, des surprises. Mais le scrutin autrichien nous rappelle qu'il est possible de freiner sa progression.

Les résultats du scrutin autrichien

Alexander Van der Bellen, candidat indépendant

53,3 %

Norbert Hofer,

candidat du FPÖ, parti d'extrême droite

46,7 %




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