Bataile de Mossoul : ne pas se réjouir trop vite

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« Une semaine après le début de la bataille, l'offensive gagne du terrain », explique Alexandre Sirois.

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S'il y a un endroit dans le monde vers lequel tous les regards sont tournés ces jours-ci, c'est Mossoul.

Cette ville, la deuxième en importance de l'Irak, est le dernier véritable bastion du groupe État islamique dans ce pays. Ses membres y sont actuellement assiégés.

Qu'on tente d'en débarrasser Mossoul a bien sûr de quoi nous réjouir. En revanche, faire preuve de retenue serait avisé.

Vrai, une semaine après le début de la bataille, les nouvelles semblent bonnes. L'offensive gagne du terrain.

« Les choses se déroulent à ce stade de manière tout à fait conforme à notre planification », a indiqué hier le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il recevait à Paris ses homologues de 12 autres pays qui participent à la coalition antidjihadiste, y compris le ministre canadien Harjit Sajjan.

Vrai, cette bataille est cruciale. C'est probablement la plus importante livrée au groupe État islamique depuis l'instauration de son « califat », annoncée en 2014 par son chef, Abou Bakr al-Baghdadi. Il l'avait d'ailleurs fait en direct de Mossoul.

Vrai, la coalition pourra gagner cette bataille. Le sort des civils est nettement plus préoccupant que l'issue des combats. La lutte durera des semaines, peut-être des mois, mais la bataille est perdue d'avance pour le groupe État islamique. Et c'est tant mieux.

Cela étant dit, on le sait fort bien, qui gagne une bataille ne gagne pas la guerre pour autant. D'où l'importance de ne pas se réjouir trop vite.

Les experts de la région, tout comme les experts du groupe État islamique, multiplient les signaux d'alarme. L'un d'eux, Hassan Hassan, membre d'un institut de recherche à Washington, y est allé lundi d'un avertissement dans les pages du New York Times. « La guerre contre le groupe État islamique ne peut pas être gagnée sans combler le vide politique et sécuritaire qui existe actuellement dans une trop grande partie de l'Irak. »

Mokhtar Lamani, diplomate canadien qui a déjà représenté l'ONU et la Ligue arabe en Irak et en Syrie, est du même avis. Il estime qu'une sortie de crise est impossible sans « un dialogue très sérieux avec toutes les parties ». Il préconise l'organisation d'une importante rencontre internationale à ce sujet.

Car l'absence de plan pour gérer ce qui se passera au lendemain de la défaite du groupe État islamique à Mossoul risque fort d'en saper les effets positifs potentiels.

Ces fous de Dieu seront affaiblis, mais pas décimés. Ils continueront de semer la terreur dans le pays. Et de se nourrir des divisions alimentées par les politiciens irakiens depuis l'invasion américaine. Notamment du fait que les sunnites - minoritaires et marginalisés - et les chiites se comportent en frères ennemis.

Non seulement les divers groupes à l'intérieur du pays sont à couteaux tirés, mais plusieurs des États impliqués (notamment l'Iran et la Turquie) ont des intérêts et des objectifs différents.

La situation demeurera explosive en Irak même après une victoire de la coalition internationale à Mossoul.

Et elle favorisera encore l'existence d'une organisation comme le groupe État islamique.

Comment sortir de ce cul-de-sac ? C'est le défi urgent auquel font face les pays membres de la coalition antidjihadiste. Jusqu'ici, inexplicablement, ils ne semblent pas pressés de le relever.

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