La voix

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La voix rauque de Bryan Adams n'a pas résonné comme prévu, jeudi dernier, au Mississippi Coast Coliseum de Biloxi. Le concert du chanteur canadien a été annulé. À sa demande.

Bryan Adams, mieux connu pour ses hymnes rassembleurs que pour ses gestes politiques, a pris cette décision en raison de l'adoption d'une loi rétrograde au Mississippi.

Depuis le début du mois d'avril, l'État permet aux organisations religieuses et aux entreprises privées de refuser d'offrir leurs services aux homosexuels et aux transgenres. Les politiciens du Mississippi justifient cette discrimination en soutenant qu'ils protègent la « liberté religieuse » de leurs citoyens. C'est, bien sûr, un leurre.

« Je ne peux, en toute conscience, me produire dans un État où certaines personnes sont privées de leurs droits individuels en raison de leur orientation sexuelle », a répliqué le chanteur.

Bryan Adams suivait l'exemple de Bruce Springsteen, qui avait annulé un concert, une semaine plus tôt, en Caroline-du-Nord. « C'est la manière la plus forte que j'ai de faire entendre ma voix », a dit ce dernier. L'État avait adopté une loi qui cible, là encore, la communauté LGBT. Elle forçait notamment les utilisateurs de toutes les toilettes publiques à choisir celles qui correspondent à leur identité sexuelle à la naissance.

D'un bout à l'autre des États-Unis, une dizaine d'États ont adopté ou étudient des législations similaires. Plusieurs politiciens tentent d'exploiter le ressentiment de ceux qui n'ont pas digéré le jugement rendu l'été dernier par la Cour suprême des États-Unis, légalisant le mariage entre les conjoints de même sexe.

Tant les objectifs de ces politiciens que les moyens qu'ils prennent pour les atteindre sont affligeants.

Les artistes ne sont pas les seuls à tenter de leur faire entendre raison. La communauté d'affaires fait la même chose. Une centaine de dirigeants d'entreprises réputées ont dénoncé la loi adoptée en Caroline-du-Nord. Et certaines entreprises, dont Deutsche Bank et PayPal, ont mis sur la glace des projets de développement dans cet État.

Le Boss (Springsteen) et les hommes d'affaires ont remporté une première victoire. Le gouverneur de l'État vient d'annoncer que la loi adoptée ne touchera pas les toilettes des établissements du secteur privé.

L'implication politique des chanteurs, en sol américain, ne date pas d'hier. Que ce soit par leurs chansons (certaines protest songs sont devenues de véritables classiques) ou par leurs gestes.

Leur impact est rarement décisif, mais leur engagement pour une cause est toujours un symbole fort. La couverture médiatique reçue par Bryan Adams et Bruce Springsteen ces derniers jours le démontre.

Les deux chanteurs ont d'autant plus de mérite qu'ils savaient que s'opposer à ces lois réactionnaires peut déplaire à une partie de leur public. Leurs gestes ont, pour cette raison, une portée encore plus grande.

Ils rappellent aussi qu'on a tort de critiquer les artistes qui osent parler, sur la place publique, d'autres choses que leurs oeuvres - comme on le fait parfois au Québec. Il faut au contraire saluer ceux qui, ici comme ailleurs, font entendre leur voix, notamment contre l'intolérance et la discrimination.

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