Présidentielle américaine: quand Trump frappe un mur

Donald Trump écoute un discours prononcé par son... (PHOTO MOLLY RILEY, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Donald Trump écoute un discours prononcé par son fils Eric, mardi, devant des électeurs rassemblés dans une école secondaire d'Ashburn, en Virginie.

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Il a traité les Mexicains de « violeurs », affirmé qu'il pourrait tirer sur des gens sans perdre de votes, multiplié les grossièretés à l'endroit de ses adversaires, des femmes et des musulmans. Les fois où l'on a cru que Donald Trump était allé trop loin ne se comptent plus depuis sa fulgurante ascension politique. Mais cet homme qui aime les murs vient peut-être finalement de frapper le sien. Le point de bascule entre ce que les Américains sont prêts à lui pardonner et ce qu'ils considèrent comme inacceptable semble avoir été atteint.

Samedi, sur les ondes du réseau ABC, Trump a ridiculisé la famille Khan, ces Américains d'origine pakistanaise qui ont perdu leur fils alors qu'il servait les États-Unis pendant la guerre en Irak. Ce faisant, Trump n'a pas seulement fait preuve d'un manque de jugement et de sensibilité inouï - au point où l'on en est, cela n'étonne plus personne. Il a aussi commis deux erreurs qui pourraient lui coûter cher. D'abord, il s'est attaqué à un symbole presque sacré pour les Américains : l'armée. Ensuite, il a déversé son mépris non plus sur des groupes indistincts, mais sur des gens dont on voit le visage à la télévision et auxquels les Américains peuvent s'identifier.

En juin dernier, la firme de sondage Gallup a mesuré la confiance des Américains envers les institutions de leur pays. En haut du classement, loin devant toutes les autres, se trouve l'armée.

En s'en prenant à des Américains qui ont perdu leur fils à la guerre, Trump s'attaque au symbole qui fait le plus vibrer la fibre patriotique de ses concitoyens.

« C'est quelque chose qu'on ne s'est jamais permis aux États-Unis, toutes allégeances politiques confondues », souligne Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire des États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

Interpellé par Khizr Khan qui disait avoir souffert du sacrifice de son fils, Trump a répliqué avoir aussi fait des sacrifices. « J'ai travaillé très, très dur », a-t-il dit, avant de lancer que la femme du couple se tenait derrière son mari, silencieuse, parce qu'elle « n'avait probablement pas le droit de dire quoi que ce soit ».

Ce mépris n'est plus dirigé contre des groupes sans visage comme les immigrants illégaux. Il vise des gens qu'on peut voir à la télévision et qui souffrent de l'une des pires épreuves possibles : perdre un enfant. Cette guerre d'image dans laquelle Trump s'est lui-même engagé, il ne peut la gagner.

Des propos comme ceux que tient Trump ne seraient jamais tolérés par les électeurs canadiens - en tout cas, il y a tout lieu de l'espérer. Pendant la course à l'investiture républicaine, plusieurs observateurs croyaient que ses coups de gueule étaient savamment calculés, et que l'homme présenterait un visage plus « présidentiel » contre Hillary Clinton. Ils réalisent aujourd'hui que les débordements font partie de la personnalité de Trump et qu'il ne peut les contrôler. Aux tout premiers jours de la campagne présidentielle, s'attirer les réprobations publiques d'autant de ténors républicains (de John McCain à Paul Ryan en passant par Sally Bradshaw et Mitch McConnell) est loin d'être un bon signe. Un grand nombre d'Américains tentent aujourd'hui d'évaluer si Donald Trump a l'étoffe d'un président. Le principal intéressé est en train de leur répondre on ne peut plus clairement.

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